lundi 14 avril 2014

Chaude était la nuit, avec Yoav par ici!


Vendredi 11 avril, par une douce soirée printanière, une faune extrêmement diversifiée s'est attablée au Club Soda, configuré en cabaret pour la prestation de ce sud-africain qui est venu nous insuffler une brise d'autant plus chaleureuse.


PREMIÈRES IMPRESSIONS


Le montage scénique annonce une représentation intimiste, à l'image du multi-instrumentiste qui débarque en ville pour nous en mettre plein la gueule. D'emblée, il émane une sorte de sobriété et de raffinement sans prétention par l'éclairage des lieux et l'équipement utilisé. On peut faire un autre présage d'une sonorité hors du commun, puisque Yoav sera cantonné derrière son imposant arsenal de pédales et de son filage qui serpente la scène. Des prouesses techniques sont ainsi prévues de la part de ce gestionnaire sonores extraordinaire.


L'AMUSE-GUEULE QUI VA DE PAIR


Un gaillard mince, arborant fièrement la barbe, arrive harmonica au cou et guitare à la main, il s'agit de Jason Bajada qui a la mandat de venir réchauffer la salle pour l'artiste originaire de l'autre côté du globe. Grâce à sa voix envoûtante et le ton apaisant et ses chansons toutes en subtilités, une sorte de plénitude s'est installée dès les premières notes du chanteur bilingue qui dégage particulièrement une belle énergie sur les planches. En toute simplicité et humilité, Bajada livre ses chansons d'une manière on ne peut plus convaincante avec une authenticité désarmante. Son folk atmosphérique complète à merveille la programmation principale avec ses influences Dylanesques à la facture toute en sensibilité. Ses ponctuations humoristiques rendent sa prestance d'autant plus sympathique du début jusqu'à la fin de sa solide performance où l'on redécouvre l'artiste sous un autre jour que sur ses enregistrements, ainsi le public ne peut qu'en ressortir conquis.



PLACE AU PLAT PRINCIPAL


Yoav arrive sur scène comme un félin sorti de sa tanière. Premier geste posé, se sortir les pieds de ses godasses et sa première intervention faite en français est très appréciée de la part de l'auditoire suspendu à ses lèvres, subjugué depuis les premiers instants. Construisant ses structures musicales, armé de ses multiples échantillonneurs, l'aisance n'en est pas moins au rendez-vous, enchaînant ses nombreuses pièces issues de ses trois albums. Les marques d'usures bien visibles sur sa guitare, là où il s'en sert comme percussion, trahissent son vécu tel que raconté lors d'une de ses interventions faites avec une admirable candeur. La gente féminine semble particulièrement apprécier le charismatique personnage, mais ne sait malheureusement pas tout écouter, par chance, on parle ici d'une minorité qui ne sait pas se faire discrète, comme peut en témoigner leur jacassement presque incessant. Impassible, le musicien semble totalement dans sa bulle créative pendant certains instants, il est bien dans sa zone et tout coule avec une rare fluidité.



Ce conquistador à l'allure légèrement geek semble avoir tout pour plaire, autant musicalement qu'au niveau de son imposante prestance scénique, sans même devoir se dénaturer un seul instant. Comme sous l'emprise d'une sorte d'hypnose, le public est captivé, réceptif et expressif. Attisé par sa sensualité, l'attention est gagnée et la pièce Club Thing est l'apothéose et les filles ne peuvent plus résister en manifestant leur enthousiasme par la danse aux abords de la scène. Telle une sorte de rituel de séduction d'une tribu à la fois aborigène et urbaine, la table est définitivement mise pour une soirée relevée, donnant tout un coup d'envoi pour la fin de semaine qui débute à peine. Visiblement, l'artiste s'adapte au public qui se trouve à ses pieds au niveau de l'ordre et des pièces choisies.


À ce stade-ci, Yoav transpire d'assurance du haut du plancher surélevé, en pleine possession de ses moyens et des lieux, pendant un moment que l'on croirait en dehors de l'espace et du temps. Les jouets, de lui permettent une bonne versatilité créative et la latitude nécessaire pour se faire captivant seul sur scène, tout en sonnant comme si un groupe complet l'accompagnait au niveau de la richesse de ses arrangements. La pièce Beautiful Lie est probablement le point culminant de la soirée pour l'aspect participatif des spectateurs complètement ensorcelés par cette interprétation endiablée. Un autre moment étonnant, voir sa version de drum and bass acoustique en préparation pour la pièce Pale Imitation pendant que les arrangements étoffés de Keep Calm Carry On reflète la musicalité de son plus récent album Blood Vine.


EN BOUT DE LIGNE

L'approche unique du protagoniste, qui ne cesse de repousser les limites de ce que l'on peut produire avec des instruments acoustiques, qui surprend par ce qu'il arrive à faire sans aide de programmation. C'est impressionnant de voir à quel point ce maudit gratteux de guitare arrive à faire l'émulation de sons synthétiques avec une approche organique, un vrai musicien innovateur comme il s'en fait trop peu! Somme toute, une prestation voire énergisante qui arrive à ressourcer pratiquement n'importe qui, tout en étant à la hauteur des attentes les plus élevées.

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