vendredi 27 juin 2014

Woodkid n'est quand-même pas Diana Krall


À l’occasion de l’ouverture de la 35e édition du Festival International de Jazz de Montréal, par une chaude soirée des derniers moments du mois de juin, rien de mieux qu’un événement extérieur à grand déploiement.

De retour pour une deuxième année consécutive, Woodkid revient devant un public déjà conquis, mais cette fois, ce n’est pas le Métropolis qu’il remplit à pleine capacité, mais la Place des Festivals qu’il vient faire vibrer. Choix audacieux, s’il en est un, de la part des programmateurs de cet événement réputé. Les attentes les plus folles sont permises pour son volet visuel que l’on espère plus immersif et grandiose que jamais, vu l’heure du début de la représentation, tout juste après l’arrivée de la noirceur. Un bain de foule est évidemment à prévoir pour le spectacle de ce créateur de structures sonores et de vidéos magistrales. La fébrilité est dans l’air pour ce que l’on souhaite être une soirée mémorable avec une météo idéale!



Après les présentations protocolaires, l’immense auditoire hétéroclite est fin prêt à en recevoir plein le gueule de la part de l’artiste français. Le public lui réserve un très chaleureux accueil lors de son apparition sur scène, du haut des escaliers spécialement emménagé, on sent le bonhomme émotif dès les premières notes qu’il pousse. Visiblement ému de nous voir réunis en si grand nombre, son intervention introductive est empreinte de sincérité et de gratitude, de sorte que l‘amour envers les spectateurs montréalais l’habite et on lui rend bien. Sur scène, on aperçoit une section de cordes et une autre de cuivres qui se joignent aux trois postes de percussions ainsi qu’à son pianiste, de sorte qu’il est bien entouré pour livrer une performance étoffée.

Au fur et à mesure que le spectacle fait son chemin, il se fait une sorte d’épuration naturelle des festivaliers qui n’ont tout simplement aucune idée de ce qui les attends. Comme ces amateurs de Diana Krall, qui n’ont su que faire de cette immersion de sentiments d’une rare intensité, en admettant que les émotions véhiculées ne sont pas toutes faciles à prendre, avec des structures aussi viscérales. Dommage, puisqu’ils ont manqué une expérience peu commune avec une progression lente d’un univers introspectif, parfois même mélancolique, à un autre beaucoup plus festif et énergique. Justement, des êtres sensibles et qui sont un tant soit peu réceptifs à ce genre de pauses réflectives, comme une sorte de thérapie de groupe si l’on veut, devraient être en mesure de comprendre malgré que ce type de musique ne soit pas toujours à la portée de tout le monde…




Ceux qui restent (la grande majorité) sont carrément ensorcelés par ses compositions aux arrangements qui ont une certaine affinité avec le jazz. De plus, on peut déceler qu’il prend bien souvent des airs de crooner nouveau genre avec son débit et l’intonation de son chant. Une lucidité poignante est palpable à travers les textes de ce charismatique personnage et ce, tout au long de sa prestation. Un des meilleurs exemples en la matière, la pièce titre de son album The Golden Age, qui évoque la fin de l’âge d’or de nos civilisations occidentales, d’une époque révolue, dans laquelle la génération montante (son public cible) se trouve d’ores et déjà aux premières loges.

Un seul bémol, l’éclairage manque un peu trop fréquemment ses punchs et on aurait pu prendre l’UQAM en mapping, ce qui aurait pu aller de pair avec son univers visuel créatif, au lieu d’une rotation de projections générique d’images du festival en arrière-plan. Peu importe, puisque l’on se retrouve bien souvent les yeux fermés, foudroyés d’intensité! Même les spectateurs les plus récalcitrants n’ont plus d’autre option que de se laisser envoûter par le sympathique cousin parisien. Avec raison, puisque ses productions sont livrées d’une manière si exaltantes qu’elles ne peuvent faire autrement que de raisonner profondément chez l’auditeur. Chapeau à l’artiste, ses musiciens et la direction du festival, tout simplement magistral!

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