samedi 22 novembre 2014

Un quadruplé périlleux, VioleTT, pis noir et de toutes les couleurs!


Par une froideur de fin novembre qui ressemble au mois de janvier à s'y méprendre, dans le cadre du festival M Pour Montréal en partenariat avec ICI Musique de Radio-Canada, la maison de disques L-Abe propose une brochette d'artistes prête à mettre le feu aux planches du Cabaret du Mile-End.


Pendant que l'hiver s'est installé un peu hâtivement, couvrant Montréal d'un tapis blanc, à l'intérieur, un rouge est déroulé pour ces quatre artistes aux approches aussi éclectiques que singulières. Une soirée exceptionnelle en compagnie de ces musiciens aussi talentueux qu'inspirés pour cet événement qui promet d'emmener les spectateurs hors des sentiers balisés, le tout pour un prix très abordable considérant la qualité et la quantité des drôles de numéros qui sont au menu!



Martin Lizotte : Pianiste Aventurier


Martin Lizotte offre une prestation étonnamment énergique pour ses compositions introspectives entendues sur l'album Pianolitudes. Ce soir là, il est accompagné par Alex McMahon (Plaster) en remplacement de Mathieu Désy, son co-pilote habituel. Ses compositions toutes en subtilités ouvrent magnifiquement bien une soirée qui s'annonce fort relevée. Supports visuels divers; tornade sous verre, boule de lumières, machines à bulles et à fumée et projections sont d'autant d'excentricités visuelles en guise de décor. Les traitements sonores inusités et boîte à rythmes rehaussent les pièces qui se succèdent, en se faisant toutes sauf uniformes pour autant. 


Notre protagoniste va même jusqu'à arborer un casque rétro-futuriste du type boule disco et un passage de piano à quatre mains vient témoigner de la virtuosité des musiciens. Tout pour dynamiser le jeu des artistes sur scène et leurs structures instrumentales. Une sonorisation exceptionnelle est au rendez-vous, spécialement pour une première partie, de sorte que l'auditoire reste captivé tout au long de la convaincante prestation et vient séduire cette foule bigarrée.




Harpiste hors-piste



Emilie & Ogden débarque sur les planches avec sa voix enveloppante et ses mélodies hypnotiques au ton feutrées, dotée d'une sensibilité à fleur de peau. L'artiste livre ses chansons avec une rare candeur derrière sa harpe, accompagnée par son guitariste et de subtiles percussions. Elle réussie à retenir l'attention avec ses pièces remplies d'émotions, par contre, certaines longeurs au niveau des leurs enchaînements n'aident en rien à garder le momentum, par chance, le public est respectueux et réceptif.



Cette sorte de Klô Pelgag anglophone (en version moins déjantée), me fait penser à l'australienne Julia Stone et les harmonies vocales avec son comparse masculin fait le lien avec Angus Stone, le frère de l'autre et c'est pratiquement aussi réussi que ces derniers. Les interventions sincères sont aussi touchantes que faites sous l'égide d'un humour timide, ce qui aide l'auditoire à sympathiser avec la musicienne et son approche franche.




Chaos contrôlé + folie déchaînée



Les transitions sont étonnamment fluides entre les différents artistes qui se succèdent sans pour autant se ressembler. La foule se masse sur le plancher de danse dès les dernières notes d'Emilie & Ogden et la foule du Cabaret est à ce moment aussi diversifié que coloré. La fébrilité est à son comble et l'audience semble avoir rajeunit afin de recevoir une gifle auditive de la part l'énergumène qu'est VioleTT Pi, une entité qui se situe carrément dans une classe à part.



Ce brassage de cage ne peut laisser personne indifférent dès l'entrée en scène des musiciens, équipés de lampes frontales, une entrée en la matière simple mais très efficace. En démarrant sa prestation avec la pièce Petit singe robot le public s'éclate déjà et Fleur carnivore vient enflammer les lieux, mystifiant certaines oreilles un peu plus frileuses au passage. La percutante pièce Le clown est triste, abrasive au possible avec son passage drum n'bass, en secoue quelques uns et c'est tant mieux. Ngabonotre Tricky québécois, vient rejointe les malades mentaux sur scène le temps d'interpréter la pièce Jeffrey Dahmer au musée d'art contemporain. On pouvait s'attendre à Labyrinthite, en duo avec Klô Pelgag, cette dernière étant présente dans la salle, mais non...

Électrique et éclectique, à l'image de son album EV, à la hauteur des attentes de ceux qui désirent en recevoir plein la gueule et qui ont soif d'originalité en ce monde souvent un peu trop beige. Foutant le bordel avec sa créativité viscérale, confronté à la monotonie et les standards d'une industrie musicale souvent conservatrice à en pleurer, avec une partie du public se sentant probablement en otage en attendant Betty Bonifassi, pour ceux qui ont moins de facilité à apprécier ce genre de schizophrénie artistique... Bien fait pour cette bête de scène qui détonne définitivement de tout ce qui se produit en sol québécois, audacieux et irrévérencieux comme peu font mieux, ici comme ailleurs. Voilà qui mise dans le mille de la cible de vouloir être percutant et de dévierger les tympans, telle est la mission devinée d'une prestation réellement inspirante et d'une intensité déconcertante. Enfin, se sentir vivant ne fait de mal à personne!




Rayonnante noire Betty blanche


Un éclairage en contre-plongé ajoute énormément de théâtralité à une performance gonflée à bloc de la part de Betty Bonifassi, elle qui n'a plus de réputation à se faire et vient insuffle une énergie renouvelée à l'endroit plus que jamais bondé. Martin Lizotte est de retour, mais cette fois-ci aux claviers et autres bidules électroniques, en tapissant la prestation d'effets sonores recherchés,pendant que J-F Lemieux (Cargo Culte) fait le reste du boulot, entre son jeu texturé à la basse et la programmation derrière ses machines. Les projections extraites d'images d'archives passées à travers des filtres, rehaussent d'autant plus les propos et la thématique de son projet solo en venant appuyer la charismatique chanteuse qui s'adresse à un public conquis à l'avance.




Subjugué par sa sensualité et ce groove indéniable, entourée par des musiciens aussi doués, une sono sans faille et dotée d'un enthousiasme contagieux, Betty propose l'intégralité des pièces de son album homonyme en les enfilant à un rythme effréné. Visiblement, elle assume pleinement son nouvel univers et se plaît énormément à le partager à la foule amassée à ses pieds. Les musiciens prennent leur pieds eux aussi à jouer ce répertoire funky à souhait. Une chose est certaine, elle a une prestance qui transpire son bagage avec l'aventure Beast et Champion, qui sont tous deux de proches cousins de son créneau musical actuel.




En somme l'auditoire passe une excellente soirée, ressortant de l'antre de ce lieu mythique - encore un autre menacé de devoir bientôt fermer ses portes ou de possiblement changer de vocation - des badauds un peu secoués d'avoir assisté à cet événement sans retenue, les cœurs vibrants d'une palette d'émotions fortes! Voici l'une des principales raisons pourquoi, en sons et en images, avec ce magnifique clip réalisé par Akim Gagnon. Laissons celui-ci nous emporter, puisque rien ne sert de craindre ce qui peut parfois paraître détonnant, on ne peut qu'en ressortir gagnant!

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