lundi 24 février 2014

Seth Horvitz (Sutekh) + Comaduster + Murcof

Fidèle à son style, le festival MUTEK nous présente, comme à chaque édition, des bijoux de curiosité parsemés à travers sa programmation. Pour la série de concerts A/Visions, son volet moins accessible et plus exploratoire, l’auditoire pouvait s’attendre à des prestations hautement divertissantes et cette année est loin d’en faire exception!


Dans la plus pure tradition minimaliste, Seth Horvitz, mieux connu sous le nom Sutekh, nous avait préparé une représentation assez singulière. Un grand piano à queue, seul sur scène, contrôlé à distance pour ordinateur, un exercice intéressant autour du thème de la technologie et du traditionnel. Une prestation étrange, puisqu’il n’y avait personne à applaudir sur les planches de la salle Pierre Mercure, un des plus beaux amphithéâtres de la métropole, les gens n’ont pas applaudit une seule fois de toute la prestation et tenaient un silence presque religieux. Bien normal, puisque notre principal protagoniste ne s’est présenté qu’au début du spectacle, vêtu d’un complet, faisant mine d’inspecter le dit instrument avant de s’effacer dans les coulisses, sans plus de présentation ni d’explication de ce qu’on allait assister.


Reste que le piano sobrement éclairé, un écran qui recevait une projection du clavier et des notes jouées en temps réel, pour venir ajouter un peu de stimuli aux spectateurs légèrement abasourdis de voir ce qui se passait (ou non) sous leurs yeux. Dans la plus pure expression minimaliste, martelant parfois sans cesse les mêmes touches au clavier ou à d’autres moments des cascades de notes humainement impossible à générer sans aide d’un logiciel, même pour une piano à quatre mains, l’artiste derrière tout ce travail de programmation est resté dans l’anonymat le plus total. Une prestation intrigante, étrange et expérimentale qui peut facilement en exaspérer plusieurs. Hypnotisant tel un mantra, fascinant pour certains et intolérable pour d’autres, une chose est sûre, l’installation de Seth Horvitz n’a laissé personne indifférent!


Pour la deuxième partie de la soirée, Comaduster nous a présenté son genre de Techno-minimaliste aux penchants IDM avec des touches d’Ambiant. Les influences musicales se font palpables, on ressent des emprunts au style d’Amon Tobin pour la richesse sonore et d’Aphex Twin pour le volet ambiant aux subtilités très bien travaillées avec finesse. Les projections sur un écran géant monopolisaient pratiquement la scène et étaient à l’image des sons générés par Comaduster, en équilibre entre l’organique et le synthétique, le lumineux et l’ombre. Pendant sa prestation, nous avons entendu circuler la rumeur que le grand Tobin était venu faire son tour pour voir et entendre ce que l’artiste avait à offrir, pas étonnant, vu ses influences!


Le public attendait avec impatience ce que Fernando Corona, alias Murcof, allait faire pour nous surprendre. Seul sur scène avec AntiVJ au visuel, les 2 comparses ont alliés leurs forces pour créer une improvisation sonore et en images haute en couleur. Avec un imposant écran positionné devant eux, les projections d’objets rectilignes et de formes géométriques variés se juxtaposent à des formes abstraites que l’on dirait issues des confins de l’univers, où l’on croit comprendre d’où vient le monolithe dans le célèbre film de Stanley Kubrick, 2001 l’Odyssée de l’Espace. Non sans faille, le ballet visuel manquait parfois d’un peu de synchronisme et le matériel utilisé ralentissait la cadence pendant certains moments particulièrement chargés à l’écran. Côté musical, nous avons eu droit à une performance très prenante, voire un peu déstabilisante avec des sonorités ambiantes et plus froides que ce à quoi Murcof nous a habitué. Des structures tout en relief et en subtilités, mais encore plus linéaire qu’à la coutume de la part de l’artiste. Un spectacle qui, globalement, porte à l’introspection, mais qui manquait peut-être un peu de polyrythmie et le petit aspect Glitch qui caractérise tant la sonorité de Murcof. Somme toute une bonne prestation, mais à mon humble avis, loin d’être une de ses plus mémorable, comparativement à celle au Gesù avec Truffaz pour Mexico, leur collaboration au Festival de Jazz en 2009.

Plein feux sur Fauve et Pawa Up First


Montréal, samedi 22 février, loin du chaos social de Kiev, dehors, les rues vides d’un mouvement de contestation, en cette ère qui, pourtant, ne manque pas de raisons pour s’indigner. Par une venteuse soirée d’hiver qui tire à sa fin, dans le cadre de Montréal en Lumière qui bat son plein du 20 février au 2 mars, le Club Soda accueille un doublé exaltant qui promet d’en faire voir de toutes les couleurs.


UN COMBO ENFLAMMÉ


Une foule relativement jeune semble plus fébrile que d’habitude pour ce spectacle. L’événement couru, Pawa Up First avec Fauve affiche complet, avec la sortie éminente de Vieux Frères Partie 1, le premier long-jeu de la jeune formation française, après avoir fait paraître un maxi bien apprécié. Et pour cause, avec le buzz qu’elle suscite depuis ses premiers balbutiements, autant outre-mer qu’ici, grâce à une promo web intensive et leur clips épiques. Des textes coups de poings, narratifs, avec une approche d’une franchise désarmante et une sorte d’espoir désemparé qui abreuve les âmes en quête de sens en cette époque tourmentée. Alors, oublions les tourments pour un moment, le temps d’un soir de fin de semaine, pour laisser bercer nos angoisses collectives par les mélodies texturées de la formation Pawa Up First, menée par Serge Nakauchi Pelletier, guitariste pour Beast, Ariane Mofatt, Alexandre Désilets et bien d’autres projets de qualité.


PAWA UP FIRST


Avant l’entrée en scène des musiciens, claviers superposés, amplis haut de 5 pieds et interface au pavé tactile, étaient disposés sur le plancher surélevé. En arrière plan, un écran large comme l’antre du théâtre laisse présager le meilleur comme expérience extra-sensorielle en guise d’entrée. D’emblée, le parterre bourdonne déjà de gens à l’apparence branchée. Pawa Up First débute avec un long échantillon narratif en ouverture, agrémenté de projections spatiales vintage, un kaléidoscope d’images qui passent du spoutnik à des enfants qui tiennent un Viewmaster tournés vers les cieux. Étant une musique qui respire, le public, ne sachant trop qu’en faire, applaudit à des moments mal choisis… Ah, la subtilité et le québécois moyen!


Les crescendos du groupe permettent d’entrer en transe et quelques classiques parsèment un set principalement composé de pièces de Missing Time, leur plus récent opus. Après une apparition de Boogat, plus tard, une chanteuse et un trompettiste pour la pièce Big Freeze, une première interprétation en 7 ans, il est maintenant clair que la formation aux membres variables, qui gravitent autour d’un noyau central composé de Nakauchi-Pelletier et du claviériste, veut créer un moment particulier. Une prestation de plus de 30 minutes, égaux à eux-mêmes, remplie d’émotions, sensée et sensible. Mission accomplie avec brio pour le projet local, qui s’acquitte de la tâche ingrate qu’est de réchauffer la salle pour un jeune groupe de France, eux qui en sont à plus d’une décennie d’existence, encore en marge, même en sol montréalais!





FAUVE


Peu avant le plat principal, la foule s’entasse au parterre rempli à pleine capacité, la table est alors mise pour la prestation souhaitée; une sorte de communion entre les artistes sur les planches et les êtres qui se trouvent devant eux, telle une thérapie de groupe, si vous voulez.



Ironiquement, le matériel sur scène se fait plus épuré que pour les premiers, qui ont d’ailleurs mis bien peu de temps à tout enlever et malgré tout, Fauve se laisse un peu désirer afin de venir chercher l’intensité recherchée… Le chanteur est partout à la fois, sautillant sur scène, avant de nous balancer De Ceux avec la vidéo qui l’accompagne en toile de fond, enchaînant des pièces issues de leur album encore à paraître, avec une sono rehaussée d’un cran. Après un départ nerveux, qui laisse transparaître un certain manque d’expérience scénique ou trop peu de maturité, ils se ressaisissent après quelques pièces. Avec ce déferlement de mots pratiquement incessant, où il est pratiquement impossible de tout saisir, ces énergumènes livrent une prestation très énergique.




Ayant perdus 6 bagages à leur arrivée à l’aéroport, ce qui explique mieux la fébrilité ressenti plus tôt, ils ont dû faire un appel à tous afin d’avoir la matériel nécessaire pour effectuer leur prestation. La réponse a été forte, et vers la fin de l’avant-midi, ils étaient rassurés et surtout, appuyés par leur auditoire québécois, ça aide à enforcir la confiance au genre humain et de son avenir au sens large lorsqu’il sait se faire solidaire, si seulement  il savait le faire quand c’est réellement important! Le groupe nous confie, pendant l’une de ses longues interventions, que la pièce Vieux Frère est inspirée par leur premier passage dans la métropole, pour les Francopholies l’an dernier et qu’ils seront de la prochaine édition, cette fois-ci au Métropolis, où il devrait faire salle comble une fois de plus. Fauve nous sert à peu près toutes les pièces de son répertoire lors de sa généreuse prestation et pour l’ultime rappel, elle interprète enfin Blizzard pour venir couronner la soirée.



Au final, une représentation avec certaines longueurs, où des pièces très fortes côtoient d’autres plus molles, possiblement que mes attentes pour Fauve était démesurées. Peut-être aussi que le contraste entre eux et Pawa Up First, ou mon parti pris pour ces derniers, transparaît dans mon appréciation de la soirée. Une chose est certaine, la combinaison est un vrai tour de force avec la thématique rock-exploratoire aux élans hip-hop, partagée par les deux projets. Chapeau aux programmateurs de Montréal en Lumières, qui savent établir un fil conducteur comme peu font mieux en la matière!

samedi 22 février 2014

Rétrospective Musicale 2013 - Francophone Locale


Voici enfin mon tour d'horizon des albums québécois qui sont venus me secouer les plus l'an dernier. En souhaitant que ce chapitre V de mon bilan culturel viennent corroborer vos choix en quelque sorte ou du moins, les compléter et les rejoindre quelque part... Bonne lecture à vous et j'espère que vous allez y faire d'agréables ou de surprenantes découvertes!


VIOLETT PI – EV


L’homme derrière le nom, Karl Gagnon, est l’un des artistes les plus déjanté de la scène musicale québécoise à l’heure actuelle et surtout, l’un des plus audacieux depuis un bon moment. Au sein d’une même chanson, on passe par des élans dansants, métal, drum and bass, ça virevolte dans tous les sens sans verser dans l’incohérence, un exploit en soit. Des textes imagés, abrasifs, voire corrosifs par moments, qui impactent l’auditeur comme peu le font, surtout avec la manière dont ils sont livrés. L’un des meilleurs exemples est Jeffrey Damer Au Musée D’art Contemporain, en duo avec Ngâbo, une pièce redoutablement accrocheuse où ils y abordent un sujet qui détonne. Bien plus qu’un simple exercice de style, l’album Ev de VioleTT Pi est en réaction face à la culture populaire et se veut une vraie alternative à tout ce qui est conventionnel!




KLÔ PELGAG – L’ALCHIMIE DES MONSTRES


Acclamée par la critique, Klô s’est retrouvée sur bien des listes des révélations de l’année avec son premier album complet. Une poésie à la fois naïve et d’une lucidité redoutable combinée à des arrangements à cordes et son jeu de piano qui rappellent My Brightest Diamnond, Tori Amos ou la pop débridée de St Vincent. Malgré les comparaisons, la jeune artiste se démarque par son chant qui a un débit particulier, où elle s’amuse à faire des vocalises et son univers lyrique délicieusement unique. Les mots frappent l’imaginaire, tels des scénarios peu reluisants, fantaisiste auquel un côté enfantin est omniprésent. Un début de carrière fantastique et plus que prometteur!




4D + KICK & SNARE


Le retour inespéré de 4d qui se joint à un artiste presque aussi déjanté que lui. Dominick Lareau, l’homme derrière le nombre et la lettre, pourrait aisément être décrit comme un genre de Bibi (et Geneviève) sur l’acide avec son style de chant et son univers lyrique décapant. Du côté de Kick & Snare, le mystérieux artiste caché derrière ce pseudonyme et une cassette VHS qui lui sert de masque, est un rapper vindicatif à la plume acidulée. Ensemble, ils ont produit un enregistrement saturé en distorsion et en poésie imagée, inspiré avec un très haut débit de paroles. Un album scindé entre A et B, deux univers lyriques, un plus abstrait, l’autre davantage dénonciateur, mais l’alliage n’est pas plus forcé, bien au contraire. Les comparses ont su fondre leurs approches respectives pour donner un album qui détonne, on ne pouvait s’attendre autrement de leur part et c’est tant mieux. Les auditeurs à la recherche de projets qui se démarquent du lot, vous allez êtres ravis avec celui-ci!




DAVID MARIN – LE CHOIX DE L'EMBARRAS


Poésie servie sur une sorte de trame sonore folk-rock un peu sale pour le deuxième effort de l’artiste qui accouche des perles en termes de réflexions sociales d’une manière sentie et franche. Marin nous abreuve avec ses textes qui dépeignent des paysages où l’on peut se reconnaître et s’identifier par l’universalité de ses propos. Ses questionnements et ses tournures de phrases habiles sont habillées par une instrumentation riche où l’on reconnaît les arrangements de l’entourage de Karkwa, étant sur l’étiquette de ces derniers, Simone Records, fondé par Sandy Boutin, leur gérant et fondateur de FME en Abitibi. Le traitement sonore caractéristique rehausse d’autant plus les profondes paroles des chansons de sorte que l’enregistrement se hisse dans le haut de ma liste de 2013!





FORÊT


Paru en début d’année, ce duo fait un rock éthéré atmosphérique comme c’est pas possible, avec une touche psychédélique tout en demeurant accessible. Le ton dramatique, très théâtral, ces mots soufflés par la douce voix d'Émilie Laforest qui donnent vie aux poèmes de Kim Doré, des arrangements tout en douceur soigneusement ficelés et une ambiance feutrée et intimiste qu'apporte son acolyte Joseph Marchand. Appuyés par François Lafontaine (Karkwa) à la réalisation, Robbie Kuster (Patrick Watson) aux percussions, de Guido Del Fabbro au violon et de Philippe Brault (Philippe B) à la basse le tout, mixé par le fabuleux Pierre Girard. Une collaboration avec Pierre Lapointe et la conception de la pochette créée par David Altmejd, un artiste visuel et sculpteur de talent, l'ensemble ne pouvait qu'être un gage de qualité. Quelque part entre Sigur Ros et Mogwai, fort probablement que la vague post-rock a une influence sur leur sonorité et on ne s’en plaint pas. Cette pop-exploratoire aux touches légèrement psychédélique dans le traitement sonore, où tout baigne dans une sorte de voile de mystère, est une autre parution épatante signée Simone Records. Planant et poignant à la fois, cet enregistrement homonyme de la formation annonce le meilleur pour la suite des événements pour le binôme!




NAVET CONFIT – LP5 THÉRAPIE


Grand retour en force de l’artiste qui a fait paraître 3 albums (incluant LP4-La Vérité sur Noël en plus d'un Bestove) l’année dernière. Après ses déboires avec son ancienne maison de disques, c’est bon d’être en mesure d’entendre du nouveau matériel de sa part, lui qui conçoit toujours des bijoux pop-exploratoire aux racines rock-grunge. Jean-Philippe Fréchette est probablement l'un des artistes les plus sous-estimé ou encore méconnu d’un plus vaste public, malgré la reconnaissance du milieu culturel, l’intégrité de sa démarche artistique en est possiblement la cause. Le titre de LP6-Au MoinsQuelques Personnes et/ou Compagnies et/ou Médias Prennent Encore le Risque de Promouvoir la Diversité dans L'Industrie de la Musique au Québec en 2013 OU "Si Je Vends Pas Plus Que 500 Copies J'arrête de Faire de la Musique"en dit long, alors faisons en sorte qu’il ait le goût de persister!



CARGO CULTE – LES TEMPS MODERNES


Dans une autre vie, il était Séba sur la ligne de front de la formation rap Gatineau, aujourd’hui, Éric Brouseau s’est entouré d'Alex McMahon, également membre du trio électro-rock Plaster et de Jean-François Lemieux (Jean LeloupDaniel BélangerPascale Picardà la basse. Ensemble, ils forment Cargo Culte, une sorte de Rage Against the Machine ou plus précisément, One Day As A Lion version bien de québécoise, sur La Meute, une nouvelle maison de disque. Avec son approche qui s’apparente à Loco Locass et ses paroles qui frappent, un ton frondeur et assumé avec un enrobage de synthés bien gras, une batterie lourde et de la distorsion, le mélange est explosif. Ça groove grave et c’est baveux, du sur mesure pour ceux qui n’ont pas froid aux yeux!





JÉRÔME MINIÈRE – DANSE AVEC HERRI KOPTER


Lorsque l’on parle de Herri Kopter, ceux qui ont suivi les différentes facettes de Jérôme savent que l’on a affaire à un retour aux machines et sa formule plus synthétique qui s’éloigne de la chanson. C’est avec le plus grand bonheur qu’on retrouve le volet plus dansant de l’artiste sur cet enregistrement et ses pièces qui ne manquent pas de nous accrocher avec leurs structures qui hypnotisent et ses vers d’oreilles. Tantôt des paroles en français, d’autres en anglais et autant instrumentales, Minière atteint un nouveau sommet au niveau de l’équilibre et du fil conducteur sur cet album!





ALEX NEVSKY – HIMALAYA MON AMOUR


Pour son deuxième album de l’ancien protégé de Yann Perreau, il a réussi à ouvrir les portes étroites des radios commerciales avec une pop stylisée et intelligente. Je serais peu surpris qu’il prenne la relève de Louis-Jean Cormier pour une prochaine édition de l’émission La Voix, tellement la chaîne semble avoir adopté et que bon nombre de ses chansons ont figurées comme toile de fond pour des publicités télévisées. Est-ce dire qu’il joue la putain pour autant au niveau de ses créations ? Je crois que non, Alex et son équipe ont plutôt su trouvé la faille entre l’accessible et la recherche musicale, tout en trouvant une manière de l’exploiter à fond, maximisant ainsi l’impact. Sans réinventer la roue, l’efficacité indéniable de ses pièces et la dynamisme de ses prestations ont su lui faire un nom!





PIERRE LAPOINTE - PUNKT


Avec ses innombrables collaborations, le dernier album de Pierre Lapointe est sa création la plus éclectique jusqu’à présent! J’avais perdu un peu la foi pour que l’artiste propose quelque chose qui allait me rejoindre, j’ai eu tort, puisque malgré mon désenchantement à son égard, il m’a réellement surpris. Punkt est l’un de ces albums qui prennent du temps à se laisser apprivoiser, mais l’effort en vaut amplement la peine. Différent de tout ce qu’il a produit auparavant, beaucoup plus audacieux, moi qui croyait qu’il devenait la caricature de lui-même, voici de multiples  facettes insoupçonnées de lui. Riche en instrumentation, extrêmement varié, c’est un alliage bigarré de pièces où l’on cherche à trouver un fil conducteur entre elles et c’est bien le but de l’œuvre. Ces racines sont bien présentes parmi le lot de surprises musicales et d’exploration entre la pop déjanté, la chanson et les explorations sonores et ce n’est certainement pas moi qui vais s’en plaindre!



C'est ainsi que prend fin mon bilan de la musique francophone du Québec, la semaine prochaine, le chapitre VI avec le penchant anglophone canadien. En attendant, faisons l'amour à notre conduit auditif, en y insérant la meilleure musique en ville avec mon émission, tous les samedis, dès 21h30 sur les ondes de La Marge 89,3 FM! Surveillez également les Sons du Jour, publiés 5 fois semaine, sur ma page Facebook. D'ici là, continuez d'êtres comme vous êtes, ouverts d'esprits et de plus en plus épanouis!

dimanche 16 février 2014

Rétrospective Musicale 2013 - Instrumentale Canadienne

Pour le chapitre IV de cette série de l'année musicale en revue, je vous propose une portion instrumentale à saveur régionale et locale. Une dizaine de projets font partie de cette sélection, des artistes sous un nouveau pseudonyme, des formations réputées dans le milieu et des noms encore méconnus. En vous souhaitant bon nombre de surprises tout au long de votre lecture et de la musique qui vous interpelle!


L'Oeil et le Monocle - Bestiaire Imaginaire


Projet épatant d''Antoine Létourneau-Berger, un multi-instrumentiste originaire de Rimouski. On l’imagine, enfermé pendant de longues heures, pendant les courtes journées d’hiver, à polir ces diamants auditifs. Texturées, lumineuses, funky, rock, expérimentales et psychédéliques, sont tous des qualificatifs de ses structures musicales. Certainement exploratoires, les ritournelles du cerveau derrière le monocle sont toutes sauf dépourvues de mélodies accrocheuses et des rythmes entraînant pour autant. Un grand merci à mon ami Gabirel pour m’avoir suggérer d’écouter ses productions, une des révélations locales marquantes de 2013 à mon avis!



CFCF - Music for Objects


Avec 2 albums parus dans la même année, disons que Michael Silver n’a vraiment pas chômé! Celui-ci est beaucoup plus minimaliste et se rapproche d’avantage à la musique actuelle que le second qui se fait bien plus vocal. Ses structures polyrythmiques sont un vrai délice à l’oreille par la complexité et la richesse des arrangements. Malgré les textures enlevantes, n’en reste pas moins que l’album est apaisant, voire pratiquement méditatif par moments. Un de ces albums qui insufflent l’inspiration et propice à l’introspection où l’on peut perdre aisément la notion du temps en l’écoutant!




I Am Robot and Proud – Touch/Tone


Shaw-Ham Liem, ce torontois également co-créateur du jeu vidéo Sound Shapes pour la PS3 et Vista, produit des architectures audio dignes des plus grands maîtres de l’IDM. Fidèle à son style, l’artiste propose des sonorités qui fusent de tous les côtés et qui ne peuvent faire autrement que de stimuler les neurones. De la polyrythmie riche en instrumentation que l’on dirait conçue pour être de la musique de jeux vidéo de la génération de la console Dreamcast de Sega (ben oui, j’ai un côté geek)! Une écoute déconseillée à la majorité des banlieusards qui ne comprendront probablement rien à la subtilité musicale et sa finesse d’exécution. Hein, y’existe autre chose que Tiesto et Deadmau5 dans l’électro ?




Pawa UpFirst – Missing Time


Le collectif mené par Serge Nakauchi Pelletier, est habituellement déjà très inspiré, mais le voici avec une œuvre qui bat des records, même pour la formation aux membres variables. Je ne sais pas quelle mouche extraterrestre les a piqués, mais  leur dernier élan créatif nous emmène dans un sentier beaucoup plus synthétique qu’à la coutume et avec des structures parfois beaucoup plus psychédéliques que cinématographique. Auparavant, la musique créée par le groupe pouvait ressembler à une trame sonore pour un film qui n’existe pas, parfois saupoudrée de collaborations vocales de type rap, mais cette fois, les seules voix entendues sont de sources échantillonnées. Un enregistrement délicieux pour l’ouïe où l’on se sent tout simplement téléportés!




Boundary


Nouveau joujou de Ghislain Poirer qui repousse ses propres frontières en matière de productions musicales. On se retrouve ici dans une dimension relativement éloignée du dancehall et de ses dérivés pour aboutir dans un terrain qui appartient davantage à la musique techno sous ce pseudonyme. Bien sûr, les basses fréquences sont au rendez-vous, mais elles se font beaucoup plus subtiles, nappées par ses structures ambiantes et hypnotiques. L’artiste démontre ici qu’il est capable de jouer d’audace et qu’il peut très bien s’aventurer dans un terrain où il se fait méconnaissable, une autre de ses facettes s’est dévoilé avec cet album. C’est tant mieux, avant de tomber dans le panneau de faire une caricature de lui-même!




TheGulf Stream – Dekobe (EP)


Paru à la toute fin de l’année, ce maxi inattendu et offert gratuitement sur Bandcamp s’est taillé une place dans ma liste des meilleures parutions de l’année dernière. Rempli de collaboration, dont une pièce avec Pax Kingz (Millimetrik et Maxime Robin), l’enregistrement du binôme montréalais a de ces structures à la fois dansantes aux ambiances nocturnes et du type ambiant. Kodok (Ivann Uruena) et Archibald Singleton (Jérôme Guilleaume) savent comment faire sonner les basses fréquences et démontrent une fois de plus qu’ils peuvent rivaliser avec les meilleurs au monde dans le domaine de la musique électronique downtempo et techno-minimaliste!



Apadooraï - Le Pied Dans Porte


DJ Ridoo pourrait bien être le nom de ce projet, fusionnant la musique du monde par le biais du digiridoo, l’instrument principal de ses créations, avec l’électronique comme peu le font si bien! Sa démarche autonome lui donne d’autant plus de mérite. Ce projet, composé autour de Rodolphe Gagnon et Julien Fréchette, accompagnés par Sylvain Plante (Papagroove), Dany Nicolas (Sagapool) et le multi-instrumentiste Michel Dubeau, s’est forgé une sonorité qui lui est propre au fil des années. Le collectif fait un véritable métissage de style, une sorte de reflet de nos sociétés modernes qui, d’ailleurs, aurait tout avantage à ouvrir ses horizons, mais c’est un tout autre sujet… Celui dont il est question ici est la créativité sans frontières, au profit de notre ouverture musicale, par ailleurs, il se fait difficilement mieux et de meilleurs exemples dans le domaine!




Horror Inc. - Briefly Eternal


Une nouvelle variante dans le parcours du minimalisme que produit Marc Leclair, mieux connu sous le nom d’Akufen, qui revient sous une mouture réinventée. Sa plus récente création est un peu plus du type acid-jazz qu’à la coutume, délaissant ainsi la technique de micro-échantillonnage qu’il avait fait sa signature. Avec un nom pareil, on pourrait croire à des textures sombres, quant au contraire, elles se font bien souvent plus funky que jamais. La house n’est jamais bien loin dans ses productions et elle revient nous hanter d’une manière subtile tout au long de l’enregistrement. Si les racines sont difficiles à cacher, reste que l’enrobage global est soigné, davantage exploratoire et audacieux, avec une ambiance définitivement nocturne!




SarahNeufeld – Hero Brother


Cette violoniste, une collaboratrice et qui partage une approche créative avec Colin Stetson, a un parcours artistique remarquable et pour cause. Son talent prisé par de nombreux artistes et formation, marqué avec son apport sur l’album Funeral d’Arcade Fire, pour ne nommer que celui-là, vous avez peut-être l’impression d’avoir déjà entendu son jeu quelque part si vous suivez un tant soit peu la scène culturelle montréalaise et canadienne. Le minimalisme est de mise avec cet enregistrement fait pratiquement qu’avec son instrument, mais elle meuble l’espace sonore sans bon sens, de sorte que l’on ne s’ennuie pas une seconde pour autant! Ses structures musicales, tantôt méditatives, parfois grinçantes, nous interpellent à tout coup. Une autre parution chez Constellation qui se distingue, tel est leur mandat et encore une fois, réussi avec brio!




Esmerine– Dalmak


Les arrangements poignants, dignes de musiques de film, avec une teinte moyen-orientale, sont au rendez-vous sur cet album qui la suite logique de l’œuvre de la formation. L’instrumentation riche gravite autour des cordes avec l’apport d’un lot d'autres instruments atypiques avec lesquels notre périple sonore nous emmène loin des villes occidentales et de son rythme quotidien. Une certaine base africaine est également présente au niveau des percussions, ce qui confère à l’enregistrement une ambiance qui lui est propre. Dans la famille de l’étiquette montréalaise de disques Constellation, on pense aux projets de Sam Shalabi comme proche cousin musical, avec ces structures où l’on se sent à la fois dépaysé et en terrain connu. 


C'est ce qui conclu ce tour d'horizon de la musique instrumentale locale. La semaine prochaine, je poursuis ma rétrospective de 2013 avec les 10 meilleures parutions du coté anglophone canadien. Cet exercice exhaustif a évidemment le but clair de vous faire découvrir une pléiade d'artistes et de formations musicales. En souhaitant que mes écrits se rendent à vos yeux et les sons à vos oreilles en cette ère numérique, tous un peu submergés par l'océan de choix qui s'offre à nous en matière culturelle et de divertissement. En l'espérant enrichissant, puisque la vie est trop courte pour en faire autrement!

lundi 10 février 2014

Klô Pelgag - Une petite bibitte fort sympathique



Le 9 février dernier, par un bel après-midi, au nord-est de Montréal, au fin fond du cartier Saint-Michel, Klô Pelgag offrait une prestation gratuite.

Présenté via la tournée Les Entrées en Scène Loto-Québec par Hors Les Murs, un diffuseur de ce secteur de l’île, dans l’antre de l’église Saint-René Goupil, une petite mais ô combien accueillante petite église. D’emblée, l’acoustique semblait prometteuse grâce à l’abondance de boiserie et au plafond relativement bas du chaleureux bâtiment, qui est tout sauf austère et intimidant, comme la plupart des lieux de culte.



Malgré l’humidité insoutenable et le chemin à parcourir pour se rendre dans un quartier que l’on croirait pratiquement au beau milieu de nul-part, une poignée d’irréductibles avait effectué le trajet. Plusieurs habitués de l’endroit et résidents du quartier étaient également au rendez-vous sans trop savoir à quoi s’attendre comme concert. Cette foule bigarrée était fébrile de voir ce qui l'attendait l’autre côté des portes de la chapelle restées closes pendant la balance de son.



D’entrée de jeu, Klô et ses musiciens avaient une belle désinvolture calculée, une approche empreinte d’une certaine candeur et servie avec un humour absurde à chaque intervention de la jeune artiste. Malgré les paroles qui dépeignent certains portraits peu reluisants, ces dernières ont le mérite de frapper l’imaginaire des auditeurs. La naïveté enfantine avec laquelle  elle livre ses textes, qui parlent pourtant de choses lourdes comme la maladie, fait en sorte que l’on tombe immédiatement sous le charme de cette jeune et talentueuse créatrice ou créature à l'esprit débridé.



Assise derrière son clavier, mademoiselle Pelgag était entouré d’un trio à cordes, un contrebassiste qui se sert également d'un archet pour son instrument et d’un batteur, tous costumés d’une manière tout à fait loufoque pour l’événement. Les harmonies vocales étaient omniprésentes tout autant que la justesse et la virtuosité de la part de ces joyeux lurons. Nous avons même eût droit à un tour de magie de la part du contrebassiste pendant l’envolée des cordes, un geste inattendu et qui n’a pas pu passer inaperçu, surtout en renversant un pied de micro pendant que les spectateurs étaient abasourdis de voir ce qui se produisait devant eux!



Bref, laissez-moi vous dire que ce spectacle en valait amplement le détour! Un show tout en finesse et qui nous a tous mis un large sourire aux visages. J’avais envie d’assister à un de ses concerts depuis un bon moment déjà et, avec l’intimité et la proximité de cette représentation, nous avons été choyés et surtout, comblés! D'ailleurs, elle fait partie de la programmation de Montréal en Lumière où elle sera au chic Cabaret Lion D'Or, vendredi le 28 février, ne manquez pas ça!

samedi 8 février 2014

Rétrospective Musicale 2013 - Francophone Internationale


Dans la continuité de mon bilan culturel de l'année, cette fois, on aborde la catégorie francophone hors Québec. Des retours en force pour plusieurs, des nouveaux venus et des découvertes se retrouvent au menu tout au long de cette dizaine d'albums qui ont su retenir mon attention l'an dernier. Je vous souhaite une lecture intéressante et un choix qui reflète un peu les vôtres ou du moins, les rejoignent à quelque part!


Fauve – Blizzard (EP)


Début prometteur avec ce maxi de la part de la jeune formation parisienne qui fait déjà paraître son premier album Vieux frères partie 1 le 25 février.  Des textes remplis d’espoir et tranchants d’authenticité, livrés avec une énorme conviction et avec une émotion à fleur de peau, un peu à la manière spoken word. L’auditeur s’en retrouve bousculé par le franc parlé de leur paroles imagées, rehaussées par une approche musicale qui s’apparente à Radiohead, jusqu’à un certain point. La saveur est intimiste, on se sent presque comme des confidents d’avoir ce contact privilégié avec le groupe, tout ça à travers nos écouteurs ou haut-parleurs, c’est tout de même assez exceptionnel à l’époque où nous sommes un peu blasés, gavés par l’accessibilité de la musique. Un défi relevé et qui en promet pour la suite!





Sexy Sushi – Vous n’allez pas repartir les mains vides (Herr Silver et  Fraulein Warrior)


Une sorte de Rita Mitsouko du nouveau millénaire, encore plus déjanté que jamais et dans une sauce d’autant plus actuelle et électronique. Généreux, le binôme a conçu un album double à l’image de ses protagonistes, puisqu’ils semblaient être incapables de s’entendre sur le rendu final de l’album. Des textes désabusés, cyniques, loufoques mais qui dépeignent des situations sérieuses avec une bonne dose de surréalisme. Un traitement sonore sans pareil, psychédélique, abrasif, voire parfois corrosif, mais jamais abusif et toujours stimulant. L’équivalent francophone de la formation The Knife, en quelque sorte (ce n’est pas peu dire !), qui a produit un album un peu dérangé et dérangeant dans le bon sens du terme, mais surtout, bien de son temps! 





La Femme – Psycho Tropical Berlin


Une sorte d’ambiance festive à la sauce new-wave, yéyé psychédélique, à la fois rétro et nouveau, qui nous propulse dans une sorte de western-spaghetti, telle est la meilleure description de la sonorité de cette formation_. Claviers, guitares qui baignent dans les effets, distorsion sur tout et surtout, se joignent à une voix féminine éthérée, quelque peu aérienne, mais remplie d’attitude qui échange avec une sorte de voix masculine qui rappelle légèrement Indochine. Appuyés par une solide base rythmique, on ne s’ennuie pas à l’écoute de ce rock bigarré!





Robi - L'hiver et la joie


Des textes lucides, une voix qui interpelle par un voile de mystère qui l’entoure, une sorte de poésie philosophique posée, empreinte de sagesse, voici ce qui décrit en quelques mots l’essence vocale de Robi. Au niveau musical, des guitares bien présentes s’entrecroisent avec des nappes de claviers qui le sont tout autant, avec une batterie qui vient asseoir l’ensemble, un amalgame qui m’a plu automatiquement. Un rock nerveux au niveau des arrangements, servis avec une approche plus calme que l’on pourrait s’attendre du genre, mais toujours dramatique au niveau lyrique. Une de mes plus belles découvertes de l’année au niveau francophone.





Eiffel – Foule Monstre


Une variation de rock atmosphérique revendicateur et qui prend aux tripes grâce au ton employé par Romain Humeau, chanteur de la formation de Bordeaux.  Des coups de gueules bien placés, sans verser dans la victimisation, des paroles certainement émotives, livrées avec une grande justesse et enrobées avec un traitement sonore qui rehausse d’autant plus leur rendus. Malgré une instrumentation relativement classique pour le genre, n’en reste pas moins qu’elle est très bien interprétée. Un album qui fait office de critique sociale de la part de ces pamphlétaires de nos sociétés modernes.





Peau – Archipel


Véritable fresque pop-électronique qui me rappelle Émilie Simon, autant pour les arrangements que pour la voix susurrée. Ses chansons sont remplies de refrains accrocheurs et de mélodies qui hypnotisent, de rythmes efficaces et de petits sons subtils parsemés tout au long de l’album. Un petit quelque chose de comparable à Françoiz Breut émane de son approche vocale lorsque Peau chante d’une manière un peu moins sulfureuse, mais avec un volet plus assumé au niveau musical qui est davantage à saveur électronica. Un esthétisme sonore tout en douceur, aérien et parfois sensuel, Archipel est un beau voyage à travers l’europop contemporaine, loin d’être unidimensionnelle et superficielle!




Melissmell – Droit Dans La Gueule du Loup


Une certaine mélancolie révoltée transpire de cet enregistrement, parsemé d’espoir subtil à travers les textes sombres et cette voix si poignante et leurs structures viscérales. Un grain particulier se retrouve dans la voix de Francette Coulet, chanteuse de la formation, nappée d’arrangements avec une approche que l’on pourrait comparer à l’attitude punk, mais avec une intention rock et l’aspect lyrique de la chanson conscientisée. L’auditeur s’y retrouve bercé par cet alliage, rassuré tout en regardant la réalité en face, apaisé malgré les ombres qui dépeignent les tableaux sonores du groupe de la région d’Ardèche. Un de ces enregistrements qui chavirent calmement par sa rare intelligence émotionnelle et son honnêteté, d’une efficacité comme peu le réussissent aussi bien.





Granville – Les Voiles


Les influences des années ’60 se font sentir dans la sonorité du groupe de Basse-Normandie et c’est bien assumé de sa part. Des pièces estivales, propices aux cœurs bohémiens qui flânent sur les abords d’une plage. On pense parfois à Mika en version définitivement moins criarde et peut-être un peu plus recherchée, où l’on ressent la profondeur des émotions derrière un enrobage tout en légèreté de l’ambiance générale de l’album. Très recommandé pour les âmes vagabondes!





Éléphant – Collective Mon Amour


Ce duo français, formé par la rencontre de Lisa, une comédienne du milieu théâtral et François, un violoniste au parcours classique, s’échangent le micro et se complètent magnifiquement au niveau vocal. Ensemble, ils me font penser à Éli et Papillon, avec leurs ritournelles enjouées, une sorte de pop bigarrée, joyeusement déjantée, mais toujours douce à l’oreille. On pense parfois à Pauline Croze pour la poésie, des mélodies accessibles et accrocheuses, un album où les pièces se succèdent et nous transportent.





Gaëtan Roussel – Orpailleur


Évidemment, la voix et le nom nous est familier, c’est bien le chanteur de Louise Attaque qui revient avec un album solo. Ses textes sont une sorte d’examen de conscience qu’il nous livre avec des arrangements variés au niveau instrumental et des structures renouvelées. Ses choristes féminines insufflent une sorte de bouffée d’air frais aux chansons de l’album. Au niveau musical, on passe d’arrangements à grand déploiement qui me font penser par moments à Woodkid et un genre de trip-hop à la sauce de Tricky, tant dans son ton plus grave au niveau du chant qu’au niveau du traitement sonore. On pense aussi à Manu Chao pour ses rythmes plus chauds et du style dub et pop métissée. Sans être révolutionnaire, c’est une sorte de réinvention du style auquel l’artiste nous a habitués de sa part!



La semaine prochaine, la série d'articles portant sur ma rétrospective musicale se poursuit avec le volet instrumental canadien. 10 sélections délectables d'artistes et de formations de ce plusss beau pays! En attendant, c'est toujours un rendez-vous sur ma page Facebook pour les sons du jours, offerts en semaine de façon quotidienne et sur CISM 89,3 FM, chaque samedis dès 21h30, où j'y anime mon émission hebdomadaire. Comme toujours, ne laissez pas les nombreux phénomènes d'abrutissement sociaux vous atteindre, par chance, il reste encore des alternatives en matière culturelle, peut-être moins nombreuses mais valeureuses, elles font des miracles avec le peu de ressources dont elles disposent, donc n'hésitez pas à les encourager de toutes les manières que vous pouvez!

samedi 1 février 2014

Rétrospective Musicale 2013 - Anglophone Internationale


Pour la seconde partie de ma revue musicale de l'année, je vous propose un tour d'horizon des 10 albums anglophones qui m'ont le plus interpellés l'an passé. Mes goûts particuliers sauront probablement vous étonner, en somme, j'espère vous faire découvrir des parutions qui détonnent tout en étant plaisants à vos oreilles. En vous souhaitant une bonne lecture et des écoutes qui entrent dans votre palette de goûts musicaux!


ATOMS FOR PEACE - AMOK


Projet de Thom Yorke (Radiohead, Nigel Goodrich (producteur de ces derniers), Flea (Red Hot Chili Peppers), Joey Waronker (Beck, R.E.M.) et Mauro Refosco (Lounge Lizards, Forro in the Dark), qui se sont alliés pour créer un disque sensationnel! Après l’aventure solo de l’homme derrière la micro, il s’est entouré de musiciens hautement doués afin d’être mieux en mesure de nous offrir du matériel étoffé. Chaque pièce sur Amok est stimulante, parfois avec une atmosphère un peu angoissante et extrêmement texturée. Visiblement, les musiciens ont pris leur pied, tant sur le plan musical qu’au niveau du traitement sonore, un grand cru!




OOFJ - DISCO TO DIE TO


Sur Disco To Die To, une œuvre d’une grande qualité, on retrouve des arrangements d’envergure grâce à la participation de l’orchestre symphonique de Prague, rien de moins, pour la première fresque sonore de ce duo de Los Angeles. Malgré ce que l’on pourrait croire, la sobriété et le minimalisme ne manque pas à travers l’orchestration qui a su se faire subtil, dû à la direction dansante, tout en ayant un ton plus grave que la majorité des productions du genre, comme le titre l’évoque si bien. Un vocal féminin, interprété avec une approche légèrement sulfureuse, vient rehausser l’expérience et appuyer la finesse de l’instrumentation et le jeu des musiciens que l’on devine chevronnés. Définitivement un enregistrement marquant, dramatique mais aérien et riche au niveau musical comme il s'en fait trop peu!




MATMOS - THE MARRIAGE OF TRUE MINDS


Quelque chose de spirituel, une sorte de voyage astral en départ du conduit auditif, émane des productions de cette formation San Francisco, particulièrement sur ce dernier qui marque leur retour en force. Visiblement plus inspiré que jamais, avec des sujets abstraits comme la perception extrasensorielle, les ovnis et notre conception de l’espace-temps, rien de moins! Au niveau musical, c’est un mélange d’harmonies et de dissonances, de bruits et d’instrumentation méconnaissable, comme eux seuls savent si bien le faire et sont les uniques détenteurs de la recette. Matmos a définitivement une signature musicale qui ne s’imite pas et qui arrive à stimuler même les neurones les plus endormies!




COCOROSIE - TALES OF A GRASS WIDOW


CocoRosie, avec l’alliage vocal de ces sœurs que composent le projet, entre une petite voix frêle, éraillée et l’autre aux penchants classiques à la Sarah Brightman, a définitivement un cachet que l’on reconnaît immédiatement. Une certaine candeur enfantine juxtaposée à un aspect déstabilisant, mais sympathique. Les ritournelles des sœurettes sont toutes sauf dépourvues de mélodies et de refrains accrocheurs, malgré que ce n’est certainement pas à un album pop dans le sens traditionnel du terme avec lequel nous avons affaire ici! Les filles nous offrent leurs propres versions de pièces un peu bancales, mais qui possèdent tout de même leurs lots d’attraits qui sont suffisants pour détenir une profondeur et un esthétisme musical séduisant, ce qui mérite à l’album des écoutes successives afin de mieux l’apprivoiser.



MUM - SMILEWOUND


Cet album marque un retour en force pour la formation islandaise auquel je n’attendais plus. Après quelques parutions un peu décevantes ces dernières années, je ne savais plus quoi penser d’elle, mais me voilà retombé sous le charme de leurs compositions semi électroniques ambiantes et presque néo-classiques. Múm m’avait séduit par ses voix pratiquement de fillettes collées à des textes et des textures sonores déstabilisantes, mais avec cette nouvelle mouture, malgré que la recette ne soit pas du tout la même, la sauce lève! Grâce à des arrangements subtils, tout en finesse et somptueux, l’ensemble se fait éclectique mais reste très efficace comme entité. Parsemé de pièces un peu moins fortes et d’autres qui viennent largement récupérer la donne par leur profondeur et leur finesse, voilà pourquoi c’est l’un des enregistrements notables de l’année.




POLIÇA - SHULAMITH


La formation Poliça se démarque avec son vocal vaporeux, sa section rythmique dotée de 2 batteurs et ses nappes de synthétiseurs aux multiples couches, le tout avec un traitement sonore sublime. Après un premier album qui avait retenu l’attention en 2012, la voici de retour avec un deuxième effort encore plus mature et raffiné. Leur son est une variante de trip-hop, mélangé avec une sorte de r&b psychédélique et un jeu de batterie à la fois lourd et feutré, un magnifique mélange qui colle aisément aux tympans! On pense à Braids par moments, d’autres à Morcheeba ou Sneaker Pimps. Davantage downtempo qu’aux influences hip-hop, l’album possède des refrains accrocheurs tout en ayant suffisamment d’exploration musicale dans ses structures pour résultat mémorable et suscite l’envie d’en faire l’écoute à maintes reprises!



SON LUX - LANTERNS


Ryan Lott, l’homme derrière le pseudonyme, est un compositeur new-yorkais à la démarche unique qui allie une sorte de musique de chambre modernisée avec des accents pop et qui possède un volet électronica tout simplement grandiose. Avec sa voix singulière, comme étouffée, à la fois timide et assumée, très peu d’artistes se distinguent autant! On pense à DM Stith, Baths et The Notwist qui s’en rapprochent quelque peu. Ses créations sont à tout coup audacieuses avec un type de production ambitieux, s’il n’est peut-être pas l’artiste le plus prolifique, on comprend mieux pourquoi en écoutant attentivement ses toiles auditives soigneusement tissées. Bien sûr, c’est une sonorité qui s’apprivoise, mais on gagne tout à s’acclimater à son univers musical tout simplement somptueux!



BATHS - OBSIDIAN


Le plus récent album de Baths comporte beaucoup plus de chant que sur son précédent, tout en préservant la signature sonore qu’il possède, mais en l’emmenant encore plus loin. Des structures mi angoissantes, mi apaisantes, On y retrouve de la polyrythmie tout en ayant une base sensiblement plus mélodieuse et des textes abstraits, livrés en toute sensibilité avec sa voix haute perchée, pratiquement en chuchotant. Le jeune prodige californien fait dans le soul futuriste où une mélancolie palpable est omniprésente portée par des arrangements plus étoffés que jamais. Les attentes étaient élevées pour les productions de cet artiste qui, avec sa dernière œuvre, marque une évolution en nous conduisant dans une autre direction musicale. Obsidian est l’un de ces albums qui gagnent à être écoutés attentivement et à maintes reprises afin de mieux saisir son essence!





THE KNIFE - SHAKING THE HABITUAL


L’album porte bien son titre, puisqu’il sort vraiment de l’ordinaire, avec l’approche vocale éclatée et son côté musical déjanté du duo sœur et frangin suédois. On reconnaît l’aspect lyrique de Fever Ray, projet solo de la chanteuse, mais l’album double apporte son lot définitivement plus éclectique que cette dernière seule. L’enregistrement nous secoue par ses rythmes saccadés, ses sonorités inusitées et ses différents chemins empruntés, mais on y retrouve tout de même un bon fil conducteur malgré le parcours cahoteux. Tout comme sur les albums précédents de The Knife, l’expérimentation est au menu, mais elle atteint de nouveaux sommets sur cette plus récente création. Recommandé aux auditeurs qui n’ont pas peur de s’aventurer!




MODERAT - II


Ce trio allemand, composé de Modeselektor et de Sascha Ring, mieux connu sous le nom d'Apparat, a fait paraître un excellent successeur au premier album du collectif en propulsant sa musique encore plus loin dans la veine électronica dansante et cérébrale. Une oeuvre plus mature et subtile, tout en étant énormément accrocheuse et plus accessible que jamais. Après un terrible accident de moto, dans lequel Sascha a subit de graves blessures, la formation a dû annuler une série de spectacles cet automne. Par chance, malgré la gravité de l’événement, il s'est remis sur pied et leur tournée mondiale a pu reprendre depuis peu en Europe, j'espère voir des dates nord-américaines s'ajouter à leur calendrier bientôt!  

Prochainement publié, les 10 albums francophones internationaux les plus marquants de 2013. En attendant, notre rendez-vous hebdomadaire se poursuit, tous les samedis dès 21h30, sur les ondes de CISM 89,3 FM et vous pouvez toujours compter sur Les Sons du Jour sur la page Facebook du Boulimique de Musique de manière quotidienne. En vous souhaitant d'agréables et de stimulantes découvertes culturelles et surtout, de demeurer aussi ouverts d'esprits, tels que je vous aime!