lundi 24 février 2014

Seth Horvitz (Sutekh) + Comaduster + Murcof

Fidèle à son style, le festival MUTEK nous présente, comme à chaque édition, des bijoux de curiosité parsemés à travers sa programmation. Pour la série de concerts A/Visions, son volet moins accessible et plus exploratoire, l’auditoire pouvait s’attendre à des prestations hautement divertissantes et cette année est loin d’en faire exception!


Dans la plus pure tradition minimaliste, Seth Horvitz, mieux connu sous le nom Sutekh, nous avait préparé une représentation assez singulière. Un grand piano à queue, seul sur scène, contrôlé à distance pour ordinateur, un exercice intéressant autour du thème de la technologie et du traditionnel. Une prestation étrange, puisqu’il n’y avait personne à applaudir sur les planches de la salle Pierre Mercure, un des plus beaux amphithéâtres de la métropole, les gens n’ont pas applaudit une seule fois de toute la prestation et tenaient un silence presque religieux. Bien normal, puisque notre principal protagoniste ne s’est présenté qu’au début du spectacle, vêtu d’un complet, faisant mine d’inspecter le dit instrument avant de s’effacer dans les coulisses, sans plus de présentation ni d’explication de ce qu’on allait assister.


Reste que le piano sobrement éclairé, un écran qui recevait une projection du clavier et des notes jouées en temps réel, pour venir ajouter un peu de stimuli aux spectateurs légèrement abasourdis de voir ce qui se passait (ou non) sous leurs yeux. Dans la plus pure expression minimaliste, martelant parfois sans cesse les mêmes touches au clavier ou à d’autres moments des cascades de notes humainement impossible à générer sans aide d’un logiciel, même pour une piano à quatre mains, l’artiste derrière tout ce travail de programmation est resté dans l’anonymat le plus total. Une prestation intrigante, étrange et expérimentale qui peut facilement en exaspérer plusieurs. Hypnotisant tel un mantra, fascinant pour certains et intolérable pour d’autres, une chose est sûre, l’installation de Seth Horvitz n’a laissé personne indifférent!


Pour la deuxième partie de la soirée, Comaduster nous a présenté son genre de Techno-minimaliste aux penchants IDM avec des touches d’Ambiant. Les influences musicales se font palpables, on ressent des emprunts au style d’Amon Tobin pour la richesse sonore et d’Aphex Twin pour le volet ambiant aux subtilités très bien travaillées avec finesse. Les projections sur un écran géant monopolisaient pratiquement la scène et étaient à l’image des sons générés par Comaduster, en équilibre entre l’organique et le synthétique, le lumineux et l’ombre. Pendant sa prestation, nous avons entendu circuler la rumeur que le grand Tobin était venu faire son tour pour voir et entendre ce que l’artiste avait à offrir, pas étonnant, vu ses influences!


Le public attendait avec impatience ce que Fernando Corona, alias Murcof, allait faire pour nous surprendre. Seul sur scène avec AntiVJ au visuel, les 2 comparses ont alliés leurs forces pour créer une improvisation sonore et en images haute en couleur. Avec un imposant écran positionné devant eux, les projections d’objets rectilignes et de formes géométriques variés se juxtaposent à des formes abstraites que l’on dirait issues des confins de l’univers, où l’on croit comprendre d’où vient le monolithe dans le célèbre film de Stanley Kubrick, 2001 l’Odyssée de l’Espace. Non sans faille, le ballet visuel manquait parfois d’un peu de synchronisme et le matériel utilisé ralentissait la cadence pendant certains moments particulièrement chargés à l’écran. Côté musical, nous avons eu droit à une performance très prenante, voire un peu déstabilisante avec des sonorités ambiantes et plus froides que ce à quoi Murcof nous a habitué. Des structures tout en relief et en subtilités, mais encore plus linéaire qu’à la coutume de la part de l’artiste. Un spectacle qui, globalement, porte à l’introspection, mais qui manquait peut-être un peu de polyrythmie et le petit aspect Glitch qui caractérise tant la sonorité de Murcof. Somme toute une bonne prestation, mais à mon humble avis, loin d’être une de ses plus mémorable, comparativement à celle au Gesù avec Truffaz pour Mexico, leur collaboration au Festival de Jazz en 2009.

Publier un commentaire