mardi 24 septembre 2019

INTERVIEW | Jøhan Gass


Sur l'album Libres & Sauvages l'artiste basé en Estrie entreprend un audacieux virage musical, plus exploratoire et recherché que jamais !

Sa sonorité auparavant plus manouche et festive cède aujourd'hui sa place à un récit engagé aux teintes beaucoup plus expérimentales et profondes que sur ses créations précédentes, où la spiritualité et l'écologie fusionnent dans une forme de slam interprété de manière fort théâtrale. 


Le thème principal de l'album est un appel au changement et à la résistance, une ode à l'espoir et à la solidarité. Des textes lucides, empreints d'une grande conscience et remplis de sens autant que de sensibilité, portés par des arrangements à grands déploiement ainsi qu'appuyé par des harmonies vocales fort recherchées. Mût par une forme de sagesse ancestrale, sa plus récente création s'inspire de différents symbolismes et des éléments, telle une fresque intemporelle. L'univers de ce fier Sherbrookois captive particulièrement l'attention grâce à la qualité de son esthétisme, par les costumes, maquillages et une mise en scène fort habile. Un enregistrement à la fois poignant qui se veut une sorte d'éveil spirituel aussi collectif que personnel.



Ma suggestion de pièces à écouter en priorité : Prophète bleu débute l'album en grande pompe, ensuite le ton dramatique de la pièce Pour une dernière fois (qui n'a rien à voir avec Gerry Boulet) et Valhalla est une hymne cinématographique au refrain accrocheur. Voici notre entretien d'une grande profondeur où Jøhan s'est livré à cet exercice sans censure, en toute honnêteté et de manière fort généreuse. Bonne lecture !


Être artiste n’a jamais été un chemin simple à suivre, as-tu eu des moments de découragement en remettant tes choix de vie en question ? Quels conseils aurais-tu à donner à ceux qui veulent suivre leurs rêves et de vivre de leurs passions ?

C’est évident que j’ai eu des moments très difficiles. Le doute fait partie du processus artistique. Mais je ne pourrais pas vivre autrement. La création fait partie de mon ADN et je me sentirais dépérir si je ne faisais pas ma musique et si je ne portais pas ce message aujourd’hui.

Le conseil que je donnerais à ceux qui veulent suivre leur rêve serait de tripper avant tout, d’être passionné et de trouver des moyens pour pouvoir continuer cette passion même si on ne peut pas en vivre pleinement. Je réalise d’autres activités professionnelles en accord avec mes convictions pour pouvoir vivre, je pense que cela nourrit mon art et surtout mon indépendance, mais c’est un défi constant, surtout pour trouver du temps et des ressources pour continuer à créer dans de bonnes conditions.


Qu’est-ce qui a été la motivation première derrière ce virage artistique ?

Si tu parles du virage artistique depuis Le Temps File, mon premier album, ce n’était pas vraiment une motivation, mais une nécessité. Je devais revenir à moi, à ma spiritualité et à ma quête de sens. Avec Le Temps File j’essayais de me prouver à moi-même que j’étais un artiste valide, que j’avais ma place dans le monde du spectacle, que j’existais en tant que créateur. Cette recherche de légitimité m’a épuisé, car je cherchais à combler par l’extérieur un manque intérieur de confiance dans mon chemin.

Je suis donc rentré dans mon monde intérieur et j’ai trouvé ma force et mon cœur. Cela a nourri mon courage pour assumer le message que je portais depuis toujours en moi. Cet album Libres & Sauvages fait donc partie intégrante de ce message.


Comment ton processus créatif a pris forme pour l’album Libre & Sauvage ?

J’ai fait un long détour... Après la tournée et les aventures de mon premier album, je me suis plongé dans ma grotte de création. J’avais envie de revenir à l’essentiel et de me tenir loin de la scène. J’avais envie de plus de profondeur, d’authenticité, de trouver mon véritable centre moteur artistique. J’ai alors recommencé à écrire. J’avais déjà commencé à écrire un roman de science-fiction après mes études et je me suis replongé dans un monde complètement imaginaire, avec sa géographie et son histoire propre, des villes et des technologies particulières, et des personnages évoluant dans ce décor.

J’ai écrit le scénario et je l’ai retravaillé avec Ginette Souchereau et Farzin Farzaneh pour en faire un projet de film à moitié réel (avec des filtres) et à moitié animation. Le titre était Arbre de Vie, comme une chanson que je venais de composer après Le Temps File. Ce projet de film parlait de trouver sa voie et de résister dans un monde hostile, de retrouver sa place dans une forêt mystique et éternelle et de retrouver pour les personnages le légendaire Arbre de Vie, qui pourrait mettre fin à une guerre millénaire… En parallèle du scénario, j’ai réalisé un démo de chanson dont Vincent Poirier un autre musicien de Sherbrooke, avait produit et fait les arrangements.

Ça a été une formidable plongée en moi. Plus j’avançais et plus je voyais que tous les personnages étaient une partie de moi. Plus je plongeais dans la quête des personnages, leurs émotions et leur destinée et plus je comprenais la mienne. Les symboles étaient très forts et puissants. J’ai déposé le scénario dans le bureau d’un producteur et ça n’a rien donné de son côté. Mais après plus de deux ans de travail sur le projet, je me rendais compte que je ne pouvais plus aborder la création et la musique de la même manière.

Je voulais développer ce côté cinématographique, amener les gens dans un univers sonore et poétique unique. J’avais aussi soif de sens, de spiritualité, de porter ce message que j’avais en dedans le plus loin possible. Ensuite J’ai fait plusieurs stages et résidences artistiques à l’automne 2018, cela m’a mis dans un mode recherche et création. Je me suis alors abandonné à mon imagerie intérieure et à mon élan spirituel. J’ai aussi retrouvé ma poésie première, plus brute et passionnée.

Après avoir composé la chanson Libres & Sauvages, je savais que j’avais atteint quelque chose et j’ai poursuivi dans cette veine. C’est à ce moment-là que j’ai vu que j’étais sur la voie d’un nouvel album. Jesse Ens avec qui je collaborais déjà m’a aidé à mieux structurer mes idées tout en proposant d’autres avenues musicales. Et Skye Sauvage m’a permis de rentrer dans la sphère rock-électro avec la programmation des percussions électroniques et ses arrangements de synths. Elle apportait aussi l’aspect guerrière avec son travail de contre chant (backvocals).


Quel est le symbolisme derrière l’esthétisme des costumes et des maquillages pour le vidéoclip Libres & Sauvages ?

C’est une esthétique qui se rapproche du conte fantastique et qui fait écho à mon projet de film d’animation... On voulait amener un côté intemporel. On voulait également faire une référence aux peuples premiers, qu’ils soient vikings, celtes, amérindiens, mésopotamiens, berbères, etc.

On a tous 40 000 ans de néolithique et de culture très proche de la terre dans notre histoire. L’invention de l’écriture et de l’agriculture ont 8000 ans max… À l’échelle de notre histoire humaine, notre ère de technologie moderne n’est donc qu’une poussière. Donc on voulait utiliser ce symbole pour nous rappeler nos origines, pas pour dire qu’il faut retourner en arrière, mais plutôt pour mieux connaître notre passé et ainsi mieux savoir ce que nous devrions aspirer pour le futur ! Quand on sait d’où on vient, c’est plus facile de savoir où on veut aller, car nous prenons conscience de la totalité de notre bagage et donc de qui nous sommes !

Je pense que si nous reconnectons avec nos racines et le sacré de la nature, tout en gardant le meilleur de nos technologies et de nos connaissances actuelles, nous serons alors sur le bon chemin. Nous deviendrons alors des gardiens de la Terre, plutôt qu’un cancer pour notre planète.

Rablais disait que : «Sciences sans conscience n’est que ruine de l’âme». Il faut allier les deux pour aller quelque part, la conscience c’est le capitaine, les connaissances c’est le bateau. Actuellement c’est le capital qui est le capitaine, et c’est ça le problème. Et puis pour revenir aux costumes c’est Skye Sauvage, qui était la directrice artistique du vidéoclip qui a pensé à tout ça, qui a fait les recherches pour les costumes, les maquillages et qui a fait les tests avec les danseurs et les comédiens.


Ceci ne va-t-il pas un peu à l’encontre du message véhiculé, en contrastant avec la simplicité volontaire et des valeurs minimalistes, en paraissant quelque peu superflu aux yeux de certains écolos purs et durs ?

Je n’ai pas envie de me définir dans un courant de pensée plus qu’un autre et je me tiens loin des extrêmes. Je veux être rassembleur et inclusif. Et puis au-delà de tout ça, je veux inspirer les gens avec mon univers artistique. À mon sens, la fonction première de l’Art est d’inspirer les gens en proposant quelque chose de touchant. L’inspiration est une porte vers le divin et le sacré en nous.

Et mon univers artistique est plein de vie et de couleurs, j’aimerais que les gens s’affirment et portent haut et fort leurs couleurs à eux, qu’ils affirment leurs flamboyances et leurs différences. Plus on s’aimera dans notre magnificence et plus on pourra aimer la beauté du monde qui nous entoure et plus on voudra la protéger.

Et puis je ne pense pas que simplicité volontaire rime avec avec pauvreté d’apparence, tous les costumes nous ont été prêté généreusement par la boutique Oz Importations de Sherbrooke, dont la majorité des vêtements sont issus du commerce équitable ou d’artisans locaux.


Que souhaites-tu que les auditeurs et spectateurs retirent de leur expérience ?

Une plongée dans mon univers qui permettrait une rencontre authentique dans celui-ci. J’aimerais que ça leur permette de mieux rentrer en contact avec leur authenticité. J’aimerais aussi que mon art les inspire et les pousse à rayonner à leur tour. Car ensemble nous sommes plus forts et il nous faudra nous inspirer les uns les autres pour dessiner un monde plus juste et en harmonie avec nos écosystèmes.

Le rôle de l’inspiration est d’ouvrir une porte dans l’esprit de l’auditeur, pour générer une nouvelle énergie d’action. J’aime travailler dans cette optique pour m’inspirer moi-même et faire rayonner mon message et mes trouvailles aux autres à travers ma musique par la suite.


À l’approche d’une nouvelle élection, quels devraient être les principaux enjeux de nos élus ?

De parler de communauté, de bien-être et d’environnement local. De parler de la protection de nos forêts et de nos zones de conservation et de replanter des arbres à l’échelle locale et nationale.

En somme, j’aimerais que les principaux enjeux soient centrés sur le bien commun de l’être humain et de la Terre. Plus on se sentira unis et conscients de nos potentiels, plus on se sentira appartenir à notre environnement et notre communauté, mieux on se sentira ensemble et plus on pourra avoir l’ambition de faire de grandes choses tant au niveau international qu’au niveau local. Ça revient à l’amour à soi, qui influe sur l’empathie et par extension à l’amour de notre environnement, de notre boisé local, de nos parcs et forêts.

C’est une des raisons pour lesquelles j’ai filmé une grande partie du vidéoclip Libres & Sauvages dans le bois Beckett de Sherbrooke, qui est une des rares forêts anciennes protégées dans un cadre urbain. C’est pourquoi je suis si attaché à ma ville : la belle Sherbylove et son centro, car ici et dans la région de l’Estrie j’ai développé une communauté qui me ressemble, de créateurs, entrepreneurs et de passionnés, pleins de rêves et d’espoir.


En cette époque, d’accessibilité à l’expression personnelle, il me semble que nous sommes collectivement plus divisés que jamais; campés derrière nos opinions extrêmement polarisées. Avec internet qui devait nous rapprocher au départ, la technologie nous a encore plus éloignés les uns des autres, jusqu’à nous rendre mal-adaptés socialement. Une civilisation d’individualistes, égocentriques, voire même narcissiques, alors comment peut-on espérer que nous allons être capables de nous regrouper afin de travailler sur un véritable projet de société ?

Je ne partage pas ton point de vue sur Internet, car pour moi c’est l’inverse qui s’est produit. Je m’en suis servi comme d’un outil pour créer, diffuser et par conséquent mieux me connecter avec ma communauté. Le meilleur exemple est ma campagne de financement participatif avec La Ruche Estrie qui m’a permis de financer une grosse partie de l’album, soit près de 6000$.

Dans ma création aussi, tant au niveau de la production d’enregistrement de musique ou de vidéos, YouTube et ses tutoriels gratuits sont une source immense de possibilités, je me sens proche alors de la communauté mondiale de créateurs audiovisuels ! Mais j’entends ton point et je sais que certaines personnes ressentent cet éloignement. Les gens se sentent parfois impuissants, car on remet toutes les responsabilités sociales dans les mains des individus.

Mais selon moi l’humain n’est pas individualiste par nature, mais certains mécanismes de notre société le poussent à l’être, effaçant le sentiment de bien commun de reliance. Éva Llouz, une philosophe franco-israélienne en parle d’ailleurs très bien dans son essai sur le bonheur. Ça explique un peu le phénomène de l’écoanxiété également.

Si tu n’es pas heureux c’est de ta faute car tu n’es pas assez positif, si tu n’as pas d’argent c’est de ta faute car tu ne travailles pas assez, et si la planète va mal s’est que tu manges trop de viande et que tu ne recycles pas assez. Ce discours nous hyper-responsabilise et nous met dans un état total d’impuissance, car comment sauver le monde en étant réduit à nos actions individuelles ?

On oublie que la majorité de la pollution est générée par les industries. Si je n’ai pas d’argent, c’est peut-être aussi qu’il faudrait mieux répartir les richesses de ce monde, si la planète va mal c’est peut-être aussi que la grosse responsabilité vient des décisions prises par les milieux politiques et économiques dans les 30 dernières années, etc. Comme dirait ma blonde Skye, qui est très sage ! (rire), il faut arrêter de nous pointer du doigts les uns les autres. Il faut s’unir pour pointer du doigt, ensemble, les vrais responsables.

Lors de la crise bancaire mondiale en 2008, les islandais se sont soulevés d’un bloc pour porter la responsabilité de ce désastre aux patrons de banques qui avaient choisi de faire des investissements douteux ayant conduit à une situation catastrophique pour le pays. Ils ont transformé les dettes de leur pays en année de prison pour les responsables. Ceux qui ont le pouvoir de changer les choses sont aussi responsables de leurs actions et de leur très grande influence. Si la Terre et les animaux avaient des droits et qu’ils étaient respectés jusqu’au bout, plusieurs dirigeant de gouvernement et d’entreprises pourraient clairement aller en prison !

J’espère que les mentalités vont évoluer dans ce sens, que nous soyons unis dans cette voie. Au 20e siècle la conscience de l’horreur et de la barbarie de la guerre ont amené la société civile et les tribunaux a inventé le terme crime contre l’humanité, pour que les responsables de tels massacres soient traduits en justice. J’espère que le crime contre la nature verra le jour, pour dissuader les responsables politique et économique de commettre de tel actes. Mais pour cela il faut élever notre niveau de conscience. Pour revenir à ta question, je pense que nous sommes capable de réaliser ce nouveau projet de société car nous l’avons déjà fait dans le passé.

Donc en tant qu’individu notre responsabilité est de rebâtir un vivre ensemble et un bien commun, une empathie pour les écosystèmes de la Terre. Nos écosystèmes sont peut-être unique dans l’univers, ils sont un joyau sacré. Et il nous faut nous inspirer les uns les autres, même si on se trouve de l’autre côté de la planète, pour parvenir à construire cette nouvelle ère de conscience et de perception.

On entends beaucoup parler de Greta Tunberg, qui est une grande source d’inspiration et de mobilisation, mais connaissez vous Boyan Slat, le jeune inventeur du procédé Ocena Cleanup, Aurélien Barreau, professeur d’astrophysique rebelle et défenseur de l’environnement, ou le jeune rappeur et militant pour la terre Xiuhtezcatl Martinez, qui a intenté un procès contre l’administration de Trump à l’âge de 16 ans avec le mouvement Earth Gardians, et qui a rallié beaucoup de jeunes à travers le monde ? Le projet de société se dessine devant nos yeux...


Parfois, à avoir des prises de positions, en ayant un discours de gauche avec l’écologie et en véhiculant des valeurs sociales, etc. on finit par prêcher seulement à des convertis pendant que l’on s’aliène des autres… Comment fait-on pour ouvrir un dialogue en cette époque de discours de sourds ?

En allant vers l’autre ! Mais c’est vrai que réseaux sociaux rapetissent notre univers, en nous divisant, en nous compartimentant, c’est  pourquoi c’est très important selon moi de rester très ouverts sur toutes les idées, de ne pas mettre de barrière, plus que jamais, de ne pas juger trop vite, il faut réfléchir et prendre le temps.

Dans ce monde qui se dessine pour être de plus en plus réactif et intolérant, il faut choisir d’être des guerriers de lumière ouvert sur le monde. Des gens qui font inspirer le courage et l’amour et qui vont hisser les enjeux sociaux et environnementaux bien au-dessus de la mêlée.

Je parle à tous les humains de la terre, car nous sommes tous concernés par l’avenir de nos écosystèmes. Nous sommes tous sur le même vaisseau spatial en voyage dans le cosmos. C’est notre intérêt à tous qu’il ne devienne pas une poubelle ou pire un tombeau, pour nous, mais surtout pour nos enfants et les générations à venir. Je pense que tout le monde peut se rallier à cette idée, c’est pourquoi mon art est apolitique.

Cela va aussi au-delà des genres, il nous faut être unis et en dialogue dans toute les sphères ! Dans la chanson Libres & Sauvages d’ailleurs je m’adresse à l’archétype du masculin sacré dans le premier couplet, puis à l’archétype du féminin sacré dans le second. On a vraiment besoin d’être unis. Et je parle d’archétype, car des femmes se reconnaîtront plus dans l’archétype masculin et inversement. Je pense que le monde a besoin de cette dualité, qui nous permettra de retrouver l’équilibre en nous et donc autour de nous.


L’on a beau encourager l’agriculture bio et les petits producteur locaux, de faire rouler l’économie sociale du mieux que l’on peut, de recycler, composter, consommer moins et plus intelligemment en éliminant le plastique afin de minimiser notre empreinte écologique en tant que consommateur. On sait qu’il faut changer notre mode de vie en tant que peuple occidental avant de frapper un mur, mais comment peut-on concrètement faire davantage ?

Encore une fois c’est ici l’individualisme et le sentiment d’impuissance qu’il faut briser. Nous ne sommes pas responsables individuellement de l’état de la planète. Il faut retrouver notre unité pour crier haut et fort à nos dirigeants et aux grandes entreprises que nous exigeons un changement. Tant au niveau local qu’au niveau international. Nous pouvons exiger à nos entreprises, institutions et gouvernements d’investir dans ce qui nous protège collectivement, de protéger encore plus nos milieux naturels, de favoriser le dialogue et l’ouverture !

Personnellement, je pense que pour changer les choses, il faut devenir une force positive et inspirante pour son milieu de vie : il faut être heureux et bien dans sa peau, en harmonie avec sa famille, ses amis, ses collègues, s’impliquer dans des associations de protection de l’environnement local, aimer son environnement, planter un jardin, et privilégier toujours le local dans ses achats. Mais il faut nous regrouper également pour ne plus nous sentir seul face à un problème qui est la responsabilité de tous et qui doit être débattu dans la sphère publique.


Quelle est ta plus grande source de préoccupation pour l’avenir, autant au niveau social qu’environnemental ?

Que les gens soient paralysés par la peur et le découragement, voir par l’angoisse, que les gens n’ait plus d’espoir.

Un de mes gars vivait de l’anxiété due à la situation environnementale. Je lui ai parlé de mon univers créatif, de l’arbre de vie, je lui ai répondu en poésie et en conte sur les problèmes qui nous sautent aux yeux. Je lui ai lu L’homme qui plantait des arbres. Je lui ai parlé de toutes les choses qui sont possibles. Ses yeux se sont allumés et son sourire est revenu. C’est pourquoi je suis là, pour inspirer les gens, leur redonner le souffle de leur pouvoir personnel. C’est dans la joie de vivre et l’espoir d’un monde meilleur que nous trouverons le carburant pour faire de grandes choses.

Il faut avoir les yeux ouverts sur les problématiques qui nous entourent, mais ne pas se laisser démolir par ces perspectives. L’être humain a aussi une tendance à être parfois catastrophiste, ce qui peut nourrir son désespoir et son inaction. Soyons des passionnés, des héros de notre quotidien, parlons-nous et rêvons ensemble. Alimentons-nous les uns les autres pour bâtir différemment les choses !

C’est aussi une des choses que j’ai faites lors de mon financement participatif pour cet album. Un pourcentage de ma campagne a été remis à l’organisme Action Saint-François, cela a représenté un chèque de plus de 200$. Cet organisme local se bat depuis plus de 20 ans à faire le ménage des cours d’eau dans la région de Sherbrooke. Je suis fier avec cette action d’avoir ainsi soutenu un effort au niveau de la protection de l’environnement à mon échelle.


Au cours des dernières décennies, nous avons vu nos données se faire utiliser autant au niveau publicitaire qu’à l’égard de propagande politique et idéologique. En passant par la désinformation, la manipulation de masse carburant à l’analyse comportementale via le big data, et j’en passe… À l’époque hyper-connectée, où la technologie s’est immiscée dans toutes les sphères de nos vies (ou presque), comment peut-on retrouver l’état sauvage ?

Je fais référence à ce problème de connexion qui, on le sait, est très actuel, dans ma chanson Prière païenne : Lâchons le fil inachevé de nos absences, sortons dehors frissons de pluie et d’espérance.

Je parle bien sûr ici du fil d’actualité de nos réseaux sociaux qui font de nous parfois des zombies, tant il nous absorbe et nous déconnectes de la réalité qui nous entoure. Dans ma profession de travailleur autonome et avec le projet Libres & Sauvages, paradoxalement je n’échappe pas à  l’utilisation de ces technologies, je fais beaucoup de travail derrière mon ordinateur. Je dois aussi alimenter mes réseaux sociaux pour parler de mon projet, etc. Mais en même temps, je pense que nous avons le pouvoir de reprendre le contrôle sur cette technologie. Les écrans, ces blackmirrors doivent être un outil pour l’être humain et non l’inverse.

J’ai viré Facebook de mon cellulaire, j’ai priorisé deux réseaux sociaux que je gère de mon ordinateur à des heures définies. Je fais des sorties déconnectées, des méditations, des marches en forêt, je me reconnecte avec ma forêt, la nature autour de moi et les gens qui m’entourent. En même temps, comme tout moyen de communication Internet peut être utilisé.

Si j’ai réussi à faire le vidéoclip Libres & Sauvages par mes propres moyens c’est aussi grâce aux tutoriels de montage vidéo de YouTube ! Nous avons une mine de connaissance et d’échange devant nous, pour nous libérer et libérer notre plein potentiel. Pour moi être sauvage c’est retrouvé sa nature profonde, donc dans ce sens-là, oui nos moyens de communication peuvent nous aider Mais il faut cultiver notre pouvoir et notre assurance de mettre ça de côté, de nous déconnecter des réseaux wifi, pour nous retrouver en pleine forêt et nous connecter de la même manière à notre environnement.


Le mot liberté n’est pas qu’une marque de yogourt comme le disait Pierre Falardeau, mais qu’elle en est sa définition selon toi; la liberté, la vraie, elle passe par quoi ?

Être libre c’est s’aimer soi-même assez fort pour avoir la force de s’affirmer dans sa différence, mais aussi dans sa fragilité. Être libre c’est être autonome dans sa réflexion, sans suivre des courants de pensées déjà prémâchés ou des stéréotypes.


Pris dans ce cercle vicieux de ce système au modèle économique qui se résume à un échec pour la grande majorité de la population, où les égalités se font sentir de tous bords tous côtés, on a beau signer des pétitions, de participer à des manifestations, il y a des limites à ce que l’on peut faire tout en essayant de joindre les deux bouts à travailler comme des fous... Il y a parfois matière à se décourager en ayant l’impression que nos gestes sont futiles, que nos efforts ne servent pratiquement à rien, comment fait-on pour continuer à nourrir l’espoir ?

Nous sommes face à un mur que certains ne voient pas, car il ne veulent prendre responsabilité. Mais la solution passe par notre espoir, qui alimentera nos actions futures. Il faut carburer à l’espoir ! Je pense qu’une partie de la solution passe par l’amour à soi et la confiance. Cultiver notre amour à soi, s’aimer vraiment, être en harmonie avec toutes nos forces et nos faiblesses. Être intègre et honnête. Et vouloir partager cette harmonie avec l’autre.

Ça a l’air simple, mais je pense que de cela découle beaucoup de choses : s’aimer réellement fait de nous des êtres moins manipulables, cela nous permet d’aimer aussi réellement les autres, de développer de l’empathie réelle et de bâtir des groupes et des communautés forts, qui organisent pour le bien commun et non pour l’enrichissement de quelques-uns. Être bien avec soi-même, en harmonie avec son monde intérieur, nous permet également d’être plus empathique avec l’autre, mais aussi avec notre environnement et la nature qui nous entoure.

Le réel est une projection de notre monde intérieur. Si nous cultivons l’harmonie, l’amour et la paix en dedans de nous, elle se projette automatiquement dans notre monde réel. Cela nous met aussi sur la voie spirituelle, qui nous détache du matériel. Oui nous avons besoin de matériel pour vivre, mais la plus grande richesse réside à l'intérieur. Même Steve Jobs ne parlait que de ça sur son lit de mort, alors qu’il était milliardaire. Le bonheur ne s’achète pas. Je pense que c’est là que réside l’espoir, car nous avons le contrôle sur notre intériorité, si nous prenons le temps de nous poser et de regarder sans être distraits par les divertissements que nous propose notre société.

Devenons les gardiens conscients de notre planète, trouvons un sens à nos vies dans cette nouvelle fonction fabuleuse de l’être humain pour la terre. C’est plus joyeux et noble que de se voir comme son cancer ! Chez-moi ça marche : ça a beaucoup de sens et ça me donne beaucoup d’énergie pour créer et porter mon message le plus loin possible.


À ceux qui te collerait l’étiquette de bien-penseur, de pelleteur de nuages, avec une approche un peu fleur bleue, à tous ces gens apathiques, désabusés, voire nihilistes, tu leur dirais quoi ?

Je suis là pour inspirer les gens qui en ont besoin, car c’est le rôle d’un artiste, c’est ma job, point barre.

Le nihilisme et l’apathie est un choix, qui vient d’une perception de la vie, je souhaite à ces gens de vivre l’ouverture. Et c’est pourquoi je fais ce projet, pour ouvrir ce chemin. C’est douloureux de vivre dans le désabusement, c’est pourquoi j’aimerais que ces gens comprennent qu’ils ont le pouvoir eux aussi de rêver et d’entendre à nouveau l’espoir, même si ça leur fait peur. Et peut-être que ça leur fait peur car il faudrait remettre leurs modes de vie en question, car peut-être qu’ils auraient peur de changer et que leur personnage bâti sur des années ne tiendrait plus la route.

Certains auront peut-être le courage de risquer l’espoir et d’entendre ce que le monde chante. Ils pourraient tendre l’oreille et entendre des échos extraordinaires de l’actualité dont on parle si peu, celle ou des jeunes de 16 à 18 ans deviennent des figures de la lutte environnementale mondiale, brave des océans pour parler à des tribunes mondiales, ou inventent des solutions pour nettoyer les océans du globe, ou encore poursuivre des gouvernements en justice. Ils pourraient voir que dans leur quartier ou leur ville que des gens font des choses extraordinaires pour changer et améliorer les choses dans leur communauté et pour leur communauté.

Aux nihilistes, je leur dirais que je ne suis pas d’accord, mais que je respecte leur position, car ce n’est pas ma job de débattre, moi je suis là pour inspirer s’il y a un peu de place dans le cœur.


Quelle est la place pour la spiritualité dans ta vie, comment elle se manifeste au quotidien ?

Pour moi mon cheminement artistique est profondément lié à ma vie spirituelle. C’est mon destin dans cette vie de chanter, de faire de la création, et de passer des messages, je suis né pour ça. Parfois je vis des moments de grandes joies et je regarde vers le ciel, vers les arbres ou les étoiles et je remercie l’univers, plein de gratitude.

Sinon dans le quotidien j’aime observer les gens et mon environnement en silence. Quand je suis en harmonie avec moi-même et que je ne suis pas distrait par mes 10 000 idées quotidiennes, j’arrive à vivre des grands moments de grâce et de plénitude, et ça me rempli. Le fait d’être sur ma voie, sur mon X, me rempli aussi de joie. La spiritualité c’est donner un sens à sa vie. Ma vie a beaucoup de sens pour moi en ce moment.


Comment fais-tu pour te ressourcer et te reconnecter à l’essentiel ?

J’aime les arts martiaux et les sports en général, ça m’aide à sentir mon corps et à être pleinement dans le moment présent. La nature aussi bien sûr, jogger ou juste me balader dans le bois, observer. Et puis j’aime passer du temps entre amis avec ma famille, faire à manger, jaser, jammer et rire, être entouré de ma tribu, des gens que j’aime.

J’aime aussi me plonger parfois dans des bandes dessinées d’héroïque-fantasy ou de science-fiction pour décrocher de notre monde et ouvrir des possibles vers d’autres réalités, j’aime aussi le cinéma et les séries, dans ces mêmes genres d’univers.

J’aime aussi écouter de la musique, bien sûr, récemment j’ai découvert le nouvel album de Tool, mais aussi le nouvel album de Samian, le messager.


Voici une incursion dans l'univers de l'artiste avec cette vidéo et les liens d'écoutes et de téléchargement vers votre plateforme préférée. Bonne écoute !
https://propagande-distribution.lnk.to/JGassEM

lundi 16 septembre 2019

CRITIQUE | Massive Attack - Douceur Brutale


Les portes-étendards du Trip-Hop sont toujours aussi prônes à nous balancer le reflet de notre époque en plein visage, n'en déplaise à certains, ça frappe fort et tire sur un peu tout ce qui bouge à boulets rouges !


La formation de Bristol n’épargne pas plus son public qu’elle le faisait auparavant. Dès son entrée en scène, l’éclairage vif et stroboscopique assaille les rétines dans un grand brouhaha sur-stimulant, avant de se lancer dans un cover (en ouvrant le bal avec 10:15 Saturday Night du groupe The Cure). Des reprises de Velvet Underground, Pete Seeger, Horace Andy, Ultravox, Bauhaus, et même Avicii, sont autant de clin d’œils qui viennent entrecouper les pièces que le groupe britannique enchaînent tout au long de sa prestation en donnant une saveur conceptuelle à ce concert rétrospectif. On comprend mieux pourquoi la première partie du spectacle se résumait à des pièces pop diffusées de manière très lo-fi avant l’arrivée du groupe sur les planches du Centre Bell. Une sélection musicale digne des compilations Big Shiny Tunes et DansePlus qui survolent la trame sonore des années ‘90. Les projections documentent également des moments clés et souvent malaisants depuis la parution de Mezzanine il y a déjà 21 ans.


Difficile de ne pas trop se laisser affecter par l'immobilisme et la paresse intellectuelle de la grande majorité de la population obnubilé par cette sacro-sainte société de divertissement. Nombreux d'entre nous avons perdu tout esprit analytique, la réflexion ayant laissée sa place à la réaction depuis trop longtemps. Reflet de ce microcosme qu’était les spectateurs présents pour souligner les deux décennies qui se sont écoulées depuis la parution de l’album Mezzanine. Un précieux temps perdu pendant lequel rien n’a véritablement évolué, où nous sommes collectivement encore plus passifs que jamais; pacifiés par les pilules énumérées sur les écrans pendant le spectacle, maternés toutes nos vies jusqu'à l’inévitable fin… Comprendre les messages véhiculés est un effort beaucoup trop grand pour la majorité des gens qui ne connaissent que Teardrop et Inertia Creeps. Comme le disait Kurt Cobain : He's the one who likes all our pretty songs and he likes to sing along, and he likes to shoot his gun, but he knows not what it means...



Nous avons tous un peu de sang sur les mains, alors on se retrouve avec un goût doux-amer, quelque part entre la nostalgie et le fait que l'on répète les mêmes messages que lors du dernier passage du groupe à Montréal en 2010. Affublés par le fait que rien n’a réellement changé depuis, sinon que les choses s'enveniment avec le temps. Que la génération montante sur laquelle le monde compte autant pour son avenir est complètement dans le moule tout en l’ignorant totalement (ou, pire encore, en le niant catégoriquement). Cette impression que bon nombre d’entre nous en sommes ressortis tout simplement confus et que nous avons rien saisi de ce qui se déroulait sous nos yeux. Nombreux sont ceux, trop imbus d’eux-mêmes et incapable d’humilité, incapables d'avouer que nous sommes globalement dans le champ avec nos opinions véhiculées par notre petite science infuse. Trop accablés par nos cellulaires et par nos publications insignifiantes sur les médias sociaux pour s’en rendre compte, impossible de s'arrêter, pas même pendant le spectacle, voilà le comble de l’ironie ! Bien sûr, il ne faut pas se leurrer, tous les gens n’abordent certainement pas la musique de la même manière, mais quand le message est si évident et puissant, c’est quand-même déroutant…



On est parfois excellents pour écrire des inepties, prompt à pondre des trucs qui paraissent bien à la va vite afin de produire toujours plus de contenu vide de sens. De bien belles figures de styles, dans la plus pure des traditions de masturbation intellectuelle, mais qui ne vont franchement nul-part. Le tout, sans approfondir ni s’appuyer sur une bonne recherche avant d’écrire quoi que ce soit, sans véritablement maîtriser le sujet, c’est ça les médias d’aujourd’hui. Plus souvent qu’autrement, on parle d’opinions bien davantage que de faits à tords et à travers notre chapeau de grosses têtes d’eau, ça ne laisse aucun doute : l’avenir, autant journalistique que celle au sens large, est entre bonnes mains (sic) !



Quoi qu’il en soit, ces urnes numériques où les morts dansent encore parmi nous comme le dit si bien l'une des phrases chocs projetées sur grands écrans derrière le groupe anglais, est rempli de gens, d'événements et de choses révolues. Dans un grand capharnaüm de sons et d'images, submergés de pensées, des moments ahurissants équilibrés par des moments plus atmosphériques et apaisants où une approche downtempo rencontre l'intensité. En somme, une expérience déstabilisante, une sorte d'incubateur à réflexion qui mérite que l'on s'ouvre aux questionnements et à la discussion. Un appel au changement, à la mobilisation et à l'engagement social. Des messages de regroupement pour ainsi tuer l'apathie et l'individualisme poussé à l'extrême. Avec toile de fond de l'hyper-médiatisation du soi. Égocentriques, le déficit d'attention de notre civilisation est nourrit par un flot perpétuel d'informations superflues, alors serons-nous en mesure de se poser quelques instants pour entreprendre un tel exercice ? Pourtant, un examen de conscience n'a jamais été aussi nécessaire qu'à notre époque !

Une finale abrupte, sans aucune interaction des musiciens avec la foule et vlan ! Un coup de fouet lourd de sens, tel un brassage de cage collectif encore une fois nécessaire, bombardés de vidéos de répression policière, de tension sociale, de chocs de réalités et d'inégalités mondiales (et d'auto-patrouilles à la sortie). Saurons-nous faire ce qu'il faudra avant que sonne le glas ?

mardi 10 septembre 2019

CRITIQUE | PY1 – Au-Delà des Échos


Une expérience contemplative dans la pyramide du PY1 – Une fresque artistique et technologique signée Lune Rouge et Guy Laliberté


La première petite pyramide sert de hall d'entrée et de léger apéritif avec son jeu de lumière, des bandes luminescentes dynamiques, disposées à l’oblique qui s’entrecroisent. Aussitôt arrivés dans l'antre de la grande pyramide, une sphère se trouve au beau milieu de la salle. Autour, savamment disposés en cercle, le public prend lentement place dans des sièges inclinés sous un plafond holographique impressionnant et une toile de fond musicale dans la pure tradition du Cirque du Soleil avec ses chants grandioses.


Contrairement à l'ouverture du festival Mutek avec Monolake où l'entrée s'est effectuée dans l’obscurité quasi-totale, les spectateurs sont accueillis par un effet de profondeur épatant avec de multiples couches de projections et une quantité impressionnante de fumée qui reste au plafond grâce à l’écran suspendu. Cette fois-ci, pas de bars de douchebags ou de fouille intrusive à l’entrée et c'est beaucoup plus agréable ainsi ! Normal, puisqu'il s'agit ici d'un événement familial et non d'événements de type boite de nuit que le PY1 accueille de manière ponctuelle.


De prime abord, un ton narratif à la Charles Tisseyre débute cette grande allégorie sur la création de l’univers, la naissance et la destruction de la vie, suivie d'une renaissance qui place l'être humain au centre de tout de manière un peu égocentrique. Bravo pour les basses dignes d’un tremblement de terre, ainsi qu’à l’évolution musicale qui va de l’éthéré au tribal en passant par un grand boucan électronique axé autour du rythme. Moyennement efficace, voire douteux : L'utilisation de projections d’humains au lieu de danseurs présents dans la salle. Certes, il s'agit d'une véritable orgie visuelle où les spectateurs en ont plein la gueule avec un jeu de lumières et de lasers qui se lancent dans un grand feu d’artifices, mais l’âme de dökk par fuse*, au Théâtre Maisonneuve lors de son passage au Mutek, est définitivement manquante. Ce dernier était d'autant plus efficace grâce au facteur humain, sans le ton légèrement moralisateur à saveur sensationnaliste et sans l’aspect spirituellement endoctrinant avec ces nombreux symbolismes. Guy Laliberté serait-il Franc-Maçon ou Illuminati ?


S’il y a une bonne chose du public du Mutek, c'est qu'il sait apprécier et être respectueux, en contraste ici avec avec ce spectacle davantage axé sur le grand public et de ce léger désagrément qui vient inévitablement de pair. On ressort également un peu de notre bulle à cause des montants de la structure qui enlèvent un peu d’efficacité aux projections. Malgré tout l’arsenal technologique dernier cri, l’intention est indéniablement noble, mais le message a peine à passer avec une approche qui désintellectualise le propos initial. Pourquoi ? Faute à un scénario qui fait un peu trop Walt Disney et qui laisse trop peu de place à la libre interprétation en imposant sa vision sur l'existence.



Honnêtement, il serait faux d'affirmer que les gens en sont ressortis ébahis ou transformés, tel qu'annoncé en grande pompe au début du spectacle. Quelques frissons reliés à la musique ici et là sont ressentis, particulièrement vers la finale, avec un sentiment de plénitude qui est davantage l’effet de Patrick Watson entendu à la toute fin de la représentation que le spectacle en soit. C'est une représentation relativement courte (environs 45 minutes) pour le coût d'entrée, surtout lorsque l'on a vécu des expériences bien plus efficaces à la Satosphère pour une fraction du prix, le tout, souvent servi avec beaucoup plus d'audace et d'originalité !

mercredi 4 septembre 2019

Marie-Ève Laure se lance en grand


La charismatique jeune femme originaire des Îles-de-la-Madeleine lançait Onze au Lion d'Or, un premier album country-folk-pop très prometteur.

Le cabaret était plein à craquer pour son lancement, où s'était donné rendez-vous un public conquis à l'avance, en cette soirée du 3 septembre fort mémorable.


Une foule d'âge relativement mûr accueille l'auteure-compositrice-interprète avec grand enthousiasme. Rempli d'amour, de fierté et d'émotions, les visages familiers s'entremêlent; des étudiants de ses cours de chant, d'anciens collègues de travail, famille et amis se sont réunis pour ce moment de consécration. Visiblement fébrile, entourée par ses 5 musiciens sur scène, la chanteuse enchaîne les pièces avec un grand professionnalisme. Son interprétation d'une rare fougue et conviction met le feu aux planches, attisant la foule au passage.


Pendant que les envolées instrumentales démontrent toute la virtuosité des musiciens qui l'accompagne, ses prouesses vocales portent ses textes imagés qui sentent le large et les grands espaces. Un bel exemple est la pièce Émeraudes pour la prose dans la trempe de Patrice Michaud. Sa performance digne d'une artiste aguerrit enchante les spectateurs avec une prestation énergique, d'une assurance déconcertante et pour cause, elle roule sa bosse depuis plus d'une décennie en promenant les chansons des autres. La voici enfin avec ses propres créations issues de son univers aussi intime que personnel.


Une habile mise en scène, aussi dynamique que travaillée, rehausse d'autant plus cette impression d'aisance. Une bonne dose d'humour, voire des pointes d'auto-dérision, ponctuent ses interventions et ses remerciements exhaustifs qu'elle s'accorde le droit de faire, puisque comme l'artiste le dit si bien : "Après tout, c'est moi qui a loué le Lion d'Or ce soir !". Dans la même foulée, la jeune femme affirme qu'elle cherche un gérant pour sa carrière. Avis aux intéressés !



Derrière tout ceci, on sent le long chemin qui l'a conduit jusqu'ici, une force de caractère, une forme de résilience afin de poursuivre sa route ainsi que le courage d'assumer ses choix, simplement et sereinement. Comme onze odes à l'amour-propre et à ses blessures. Un hommage à ses racines et à son père chansonnier et avec le talent qu'a sa fille, il y a raison d'en être fier. De sa plume habile coule des paysages où le soleil rencontre la mer, des innombrables kilomètres de routes qui longent le Fleuve Saint-Laurent. Enrobés d'un folk atmosphérique où les guitares sont à l'honneur, ces arrangements prennent beaucoup de place et les nappes sonores du clavier sont malheureusement à peine perceptibles.


La voix bien à l'avant-plan, avec ses fions vocaux qui rappellent ceux de Marie-Pierre Arthur, combinés à la puissance de Laurence Jalbert sans le côté rauque, un peu comme si la voix de Marie Carmen rencontrait l'énergie brute de Melissa Etheridge et la justesse d'Isabelle Boulay. Tandis que l'on dénote l'influence de Lisa LeBlanc sur la pièce Tu ne m'aideras jamais, une chanson qui évoque la rupture avec son amour pour l'alcool. En grande forme, l'artiste révèle une parcelle de son processus créatif, l'écriture sur la péninsule gaspésienne, de sa démarche artistique mûrement réfléchie derrière le concept de Onze; composé d'autant de pièces inspirées par la région administrative 11 qui regroupe les Îles-de-la-Madeleine et la Gaspésie.

De plus, 11 personnes ont contribué à l'enregistrement de l'album qui a nécessité 14 mois de studio avant de voir le jour. Une longue gestation pour en arriver à un résultat aussi peaufiné qui symbolise davantage que la réalisation du plus grand rêve de l'artiste. Non seulement l'aboutissement, cet enregistrement marque le nouveau départ d'une carrière que l'on souhaite florissante !

Marie-Ève Laure | Onze
Disponible dès maintenant par ici.
Label : Quartier Général
Photos : Maryse Dubé