PLEINS FEUX – Alex Augier : The Lyrical Age
Artiste hybride, figure reconnue de la scène audiovisuelle expérimentale, Augier n’a jamais séparé le son de la vision ni la technologie de l’humain. Cet album poursuit cette logique en creusant un sillon rare : celui d’une musique électronique qui assume son lyrisme, sa fragilité et sa dimension narrative. The Lyrical Age devient ainsi une forme de journal sensoriel, traversé par l’ombre et la lumière, par l’impulsion de grandir et le vertige d’exister dans un monde qui change trop vite.
Dès les premières minutes, on perçoit cette tension féconde entre puissance digitale et délicatesse mélodique. Les textures électroniques se déploient comme des halos mouvants, évoquant tantôt l’euphorie d’un club introspectif, tantôt le bruissement d’un souvenir qu’on croyait perdu. Les voix, humaines ou trafiquées, fonctionnent comme des éclats d’identité flottant dans un flux en perpétuel mouvement. On ressent l’héritage des avant-gardes électroniques, mais filtré par une sensibilité résolument contemporaine : personnelle, presque diaristique.
Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont l’artiste transforme l’adolescence en métaphore universelle. Non pas l’adolescence romantisée, mais celle des passages, des débordements, de la friction avec soi-même. The Lyrical Age ne raconte pas une histoire ; il en fait ressentir la texture : l’urgence, la confusion, l’éblouissement, l’élan vital. On pense à la poésie du chaos, à ces âges où tout est possible et insoutenable à la fois. Et Augier saisit cela avec une justesse étonnante.
The Lyrical Age est une œuvre dense, vibrante et ouverte. Une invitation à écouter ce qui pulse en nous : nos contradictions, nos élans, nos blessures, tout en scrutant les signaux du monde qui vient. Un disque qui transcende le simple cadre de la musique électronique pour toucher quelque chose de plus essentiel : notre propre transformation.
Il est rare de tomber sur une œuvre électronique qui ne cherche pas seulement à faire vibrer le corps, mais qui ambitionne d’interroger le monde tout en explorant les zones sensibles de l’être. Une œuvre à la fois intime et visionnaire, qui résonnera longtemps après la dernière note.


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