lundi 16 septembre 2019

CRITIQUE | Massive Attack - Douceur Brutale


Les portes-étendards du Trip-Hop sont toujours aussi prônes à nous balancer le reflet de notre époque en plein visage, n'en déplaise à certains, ça frappe fort et tire sur un peu tout ce qui bouge à boulets rouges !


La formation de Bristol n’épargne pas plus son public qu’elle le faisait auparavant. Dès son entrée en scène, l’éclairage vif et stroboscopique assaille les rétines dans un grand brouhaha sur-stimulant, avant de se lancer dans un cover (en ouvrant le bal avec 10:15 Saturday Night du groupe The Cure). Des reprises de Velvet Underground, Pete Seeger, Horace Andy, Ultravox, Bauhaus, et même Avicii, sont autant de clin d’œils qui viennent entrecouper les pièces que le groupe britannique enchaînent tout au long de sa prestation en donnant une saveur conceptuelle à ce concert rétrospectif. On comprend mieux pourquoi la première partie du spectacle se résumait à des pièces pop diffusées de manière très lo-fi avant l’arrivée du groupe sur les planches du Centre Bell. Une sélection musicale digne des compilations Big Shiny Tunes et DansePlus qui survolent la trame sonore des années ‘90. Les projections documentent également des moments clés et souvent malaisants depuis la parution de Mezzanine il y a déjà 21 ans.


Difficile de ne pas trop se laisser affecter par l'immobilisme et la paresse intellectuelle de la grande majorité de la population obnubilé par cette sacro-sainte société de divertissement. Nombreux d'entre nous avons perdu tout esprit analytique, la réflexion ayant laissée sa place à la réaction depuis trop longtemps. Reflet de ce microcosme qu’était les spectateurs présents pour souligner les deux décennies qui se sont écoulées depuis la parution de l’album Mezzanine. Un précieux temps perdu pendant lequel rien n’a véritablement évolué, où nous sommes collectivement encore plus passifs que jamais; pacifiés par les pilules énumérées sur les écrans pendant le spectacle, maternés toutes nos vies jusqu'à l’inévitable fin… Comprendre les messages véhiculés est un effort beaucoup trop grand pour la majorité des gens qui ne connaissent que Teardrop et Inertia Creeps. Comme le disait Kurt Cobain : He's the one who likes all our pretty songs and he likes to sing along, and he likes to shoot his gun, but he knows not what it means...



Nous avons tous un peu de sang sur les mains, alors on se retrouve avec un goût doux-amer, quelque part entre la nostalgie et le fait que l'on répète les mêmes messages que lors du dernier passage du groupe à Montréal en 2010. Affublés par le fait que rien n’a réellement changé depuis, sinon que les choses s'enveniment avec le temps. Que la génération montante sur laquelle le monde compte autant pour son avenir est complètement dans le moule tout en l’ignorant totalement (ou, pire encore, en le niant catégoriquement). Cette impression que bon nombre d’entre nous en sommes ressortis tout simplement confus et que nous avons rien saisi de ce qui se déroulait sous nos yeux. Nombreux sont ceux, trop imbus d’eux-mêmes et incapable d’humilité, incapables d'avouer que nous sommes globalement dans le champ avec nos opinions véhiculées par notre petite science infuse. Trop accablés par nos cellulaires et par nos publications insignifiantes sur les médias sociaux pour s’en rendre compte, impossible de s'arrêter, pas même pendant le spectacle, voilà le comble de l’ironie ! Bien sûr, il ne faut pas se leurrer, tous les gens n’abordent certainement pas la musique de la même manière, mais quand le message est si évident et puissant, c’est quand-même déroutant…



On est parfois excellents pour écrire des inepties, prompt à pondre des trucs qui paraissent bien à la va vite afin de produire toujours plus de contenu vide de sens. De bien belles figures de styles, dans la plus pure des traditions de masturbation intellectuelle, mais qui ne vont franchement nul-part. Le tout, sans approfondir ni s’appuyer sur une bonne recherche avant d’écrire quoi que ce soit, sans véritablement maîtriser le sujet, c’est ça les médias d’aujourd’hui. Plus souvent qu’autrement, on parle d’opinions bien davantage que de faits à tords et à travers notre chapeau de grosses têtes d’eau, ça ne laisse aucun doute : l’avenir, autant journalistique que celle au sens large, est entre bonnes mains (sic) !



Quoi qu’il en soit, ces urnes numériques où les morts dansent encore parmi nous comme le dit si bien l'une des phrases chocs projetées sur grands écrans derrière le groupe anglais, est rempli de gens, d'événements et de choses révolues. Dans un grand capharnaüm de sons et d'images, submergés de pensées, des moments ahurissants équilibrés par des moments plus atmosphériques et apaisants où une approche downtempo rencontre l'intensité. En somme, une expérience déstabilisante, une sorte d'incubateur à réflexion qui mérite que l'on s'ouvre aux questionnements et à la discussion. Un appel au changement, à la mobilisation et à l'engagement social. Des messages de regroupement pour ainsi tuer l'apathie et l'individualisme poussé à l'extrême. Avec toile de fond de l'hyper-médiatisation du soi. Égocentriques, le déficit d'attention de notre civilisation est nourrit par un flot perpétuel d'informations superflues, alors serons-nous en mesure de se poser quelques instants pour entreprendre un tel exercice ? Pourtant, un examen de conscience n'a jamais été aussi nécessaire qu'à notre époque !

Une finale abrupte, sans aucune interaction des musiciens avec la foule et vlan ! Un coup de fouet lourd de sens, tel un brassage de cage collectif encore une fois nécessaire, bombardés de vidéos de répression policière, de tension sociale, de chocs de réalités et d'inégalités mondiales (et d'auto-patrouilles à la sortie). Saurons-nous faire ce qu'il faudra avant que sonne le glas ?

mardi 10 septembre 2019

CRITIQUE | PY1 – Au-Delà des Échos


Une expérience contemplative dans la pyramide du PY1 – Une fresque artistique et technologique signée Lune Rouge et Guy Laliberté


La première petite pyramide sert de hall d'entrée et de léger apéritif avec son jeu de lumière, des bandes luminescentes dynamiques, disposées à l’oblique qui s’entrecroisent. Aussitôt arrivés dans l'antre de la grande pyramide, une sphère se trouve au beau milieu de la salle. Autour, savamment disposés en cercle, le public prend lentement place dans des sièges inclinés sous un plafond holographique impressionnant et une toile de fond musicale dans la pure tradition du Cirque du Soleil avec ses chants grandioses.


Contrairement à l'ouverture du festival Mutek avec Monolake où l'entrée s'est effectuée dans l’obscurité quasi-totale, les spectateurs sont accueillis par un effet de profondeur épatant avec de multiples couches de projections et une quantité impressionnante de fumée qui reste au plafond grâce à l’écran suspendu. Cette fois-ci, pas de bars de douchebags ou de fouille intrusive à l’entrée et c'est beaucoup plus agréable ainsi ! Normal, puisqu'il s'agit ici d'un événement familial et non d'événements de type boite de nuit que le PY1 accueille de manière ponctuelle.


De prime abord, un ton narratif à la Charles Tisseyre débute cette grande allégorie sur la création de l’univers, la naissance et la destruction de la vie, suivie d'une renaissance qui place l'être humain au centre de tout de manière un peu égocentrique. Bravo pour les basses dignes d’un tremblement de terre, ainsi qu’à l’évolution musicale qui va de l’éthéré au tribal en passant par un grand boucan électronique axé autour du rythme. Moyennement efficace, voire douteux : L'utilisation de projections d’humains au lieu de danseurs présents dans la salle. Certes, il s'agit d'une véritable orgie visuelle où les spectateurs en ont plein la gueule avec un jeu de lumières et de lasers qui se lancent dans un grand feu d’artifices, mais l’âme de dökk par fuse*, au Théâtre Maisonneuve lors de son passage au Mutek, est définitivement manquante. Ce dernier était d'autant plus efficace grâce au facteur humain, sans le ton légèrement moralisateur à saveur sensationnaliste et sans l’aspect spirituellement endoctrinant avec ces nombreux symbolismes. Guy Laliberté serait-il Franc-Maçon ou Illuminati ?


S’il y a une bonne chose du public du Mutek, c'est qu'il sait apprécier et être respectueux, en contraste ici avec avec ce spectacle davantage axé sur le grand public et de ce léger désagrément qui vient inévitablement de pair. On ressort également un peu de notre bulle à cause des montants de la structure qui enlèvent un peu d’efficacité aux projections. Malgré tout l’arsenal technologique dernier cri, l’intention est indéniablement noble, mais le message a peine à passer avec une approche qui désintellectualise le propos initial. Pourquoi ? Faute à un scénario qui fait un peu trop Walt Disney et qui laisse trop peu de place à la libre interprétation en imposant sa vision sur l'existence.



Honnêtement, il serait faux d'affirmer que les gens en sont ressortis ébahis ou transformés, tel qu'annoncé en grande pompe au début du spectacle. Quelques frissons reliés à la musique ici et là sont ressentis, particulièrement vers la finale, avec un sentiment de plénitude qui est davantage l’effet de Patrick Watson entendu à la toute fin de la représentation que le spectacle en soit. C'est une représentation relativement courte (environs 45 minutes) pour le coût d'entrée, surtout lorsque l'on a vécu des expériences bien plus efficaces à la Satosphère pour une fraction du prix, le tout, souvent servi avec beaucoup plus d'audace et d'originalité !

mercredi 4 septembre 2019

Marie-Ève Laure se lance en grand


La charismatique jeune femme originaire des Îles-de-la-Madeleine lançait Onze au Lion d'Or, un premier album country-folk-pop très prometteur.

Le cabaret était plein à craquer pour son lancement, où s'était donné rendez-vous un public conquis à l'avance, en cette soirée du 3 septembre fort mémorable.


Une foule d'âge relativement mûr accueille l'auteure-compositrice-interprète avec grand enthousiasme. Rempli d'amour, de fierté et d'émotions, les visages familiers s'entremêlent; des étudiants de ses cours de chant, d'anciens collègues de travail, famille et amis se sont réunis pour ce moment de consécration. Visiblement fébrile, entourée par ses 5 musiciens sur scène, la chanteuse enchaîne les pièces avec un grand professionnalisme. Son interprétation d'une rare fougue et conviction met le feu aux planches, attisant la foule au passage.


Pendant que les envolées instrumentales démontrent toute la virtuosité des musiciens qui l'accompagne, ses prouesses vocales portent ses textes imagés qui sentent le large et les grands espaces. Un bel exemple est la pièce Émeraudes pour la prose dans la trempe de Patrice Michaud. Sa performance digne d'une artiste aguerrit enchante les spectateurs avec une prestation énergique, d'une assurance déconcertante et pour cause, elle roule sa bosse depuis plus d'une décennie en promenant les chansons des autres. La voici enfin avec ses propres créations issues de son univers aussi intime que personnel.


Une habile mise en scène, aussi dynamique que travaillée, rehausse d'autant plus cette impression d'aisance. Une bonne dose d'humour, voire des pointes d'auto-dérision, ponctuent ses interventions et ses remerciements exhaustifs qu'elle s'accorde le droit de faire, puisque comme l'artiste le dit si bien : "Après tout, c'est moi qui a loué le Lion d'Or ce soir !". Dans la même foulée, la jeune femme affirme qu'elle cherche un gérant pour sa carrière. Avis aux intéressés !



Derrière tout ceci, on sent le long chemin qui l'a conduit jusqu'ici, une force de caractère, une forme de résilience afin de poursuivre sa route ainsi que le courage d'assumer ses choix, simplement et sereinement. Comme onze odes à l'amour-propre et à ses blessures. Un hommage à ses racines et à son père chansonnier et avec le talent qu'a sa fille, il y a raison d'en être fier. De sa plume habile coule des paysages où le soleil rencontre la mer, des innombrables kilomètres de routes qui longent le Fleuve Saint-Laurent. Enrobés d'un folk atmosphérique où les guitares sont à l'honneur, ces arrangements prennent beaucoup de place et les nappes sonores du clavier sont malheureusement à peine perceptibles.


La voix bien à l'avant-plan, avec ses fions vocaux qui rappellent ceux de Marie-Pierre Arthur, combinés à la puissance de Laurence Jalbert sans le côté rauque, un peu comme si la voix de Marie Carmen rencontrait l'énergie brute de Melissa Etheridge et la justesse d'Isabelle Boulay. Tandis que l'on dénote l'influence de Lisa LeBlanc sur la pièce Tu ne m'aideras jamais, une chanson qui évoque la rupture avec son amour pour l'alcool. En grande forme, l'artiste révèle une parcelle de son processus créatif, l'écriture sur la péninsule gaspésienne, de sa démarche artistique mûrement réfléchie derrière le concept de Onze; composé d'autant de pièces inspirées par la région administrative 11 qui regroupe les Îles-de-la-Madeleine et la Gaspésie.

De plus, 11 personnes ont contribué à l'enregistrement de l'album qui a nécessité 14 mois de studio avant de voir le jour. Une longue gestation pour en arriver à un résultat aussi peaufiné qui symbolise davantage que la réalisation du plus grand rêve de l'artiste. Non seulement l'aboutissement, cet enregistrement marque le nouveau départ d'une carrière que l'on souhaite florissante !

Marie-Ève Laure | Onze
Disponible dès maintenant par ici.
Label : Quartier Général
Photos : Maryse Dubé

mardi 27 août 2019

Hacklab | Ingéniosité artistique


Le Hacklab de MusicMotion a été un hackathon musical de trois jours qui a attiré 120 soumissions de projets, soigneusement sélectionnés pour leurs démarches artistiques recherchées, ainsi que pour la cohérences entre les projets. Cet événement satellite au festival Mutek s'est déroulé à la Maison Notman, du vendredi 17 août au dimanche 19 août.

Bien plus qu'une simple compétition, elle avait pour but de stimuler la collaboration et la complémentarité des talents, à créer un sentiment de communauté où musiciens, artistes numériques, chercheurs, passionnés de technologie et professionnels d'horizons différents se retrouvent. Au cours de la fin de semaine dernière, 7 équipes et 40 participants ont eu à leur disposition 8 mentors et une boîte à outils numérique composée de logiciels et d'autres ressources. Les équipes avaient pour objectif d'avoir un projet achevé en 48 heures qui combine art, musique et nouvelles technologies.


Par la suite, les gagnants ont été déterminés par le vote de 6 juges et les récipiendaires sélectionnés ont accès à une résidence LIVART, encadrée par deux experts, qui aura lieu du 26 août au 8 septembre. MusicMotion est un organisme à but non lucratif dédié à l'avancement des arts interactifs par la production d'événements ciblés et le développement d'une communauté internationale, alliant art et technologie.

Une véritable effervescence créative, bouillonnant d’activité et d’action avec énormément d’ingéniosité régnait dans les nombreuses pièces pratiquement labyrinthiques de l'endroit. Charmés par les lieux ancestraux, où l'antique contraste avec la modernité et le futurisme de l'événement. Beaucoup de cerveaux étaient en jeu derrière cette recherche avec une interaction physique et humaine et un alliage avec la technologie. Un magnifique échange entre les participants malgré la contrainte de temps, baignant dans nos propres sueurs avec la chaleur et l'humidité de cette journée, les petits pépins et les problèmes à surmonter, la fatigue (surtout vers la fin), le moral et l’ambiance était toujours positive. Des installations intrigantes, étranges, des inventions décalées, parfois même déstabilisantes, on y retrouvait un peu de tout et c'est bien ce qui était le plus stimulant ! Un joyeux bordel, un grand brouhaha s'installa pendant la tournée des juges où l’électricité dans l’air était palpable lors de ces derniers instants de la soirée, malgré une certaine longueur avant le dévoilement des prix après la délibération des juges. Pendant ce temps, on en profite pour prendre une photo d'équipe pour la postérité, les gens échangent, s'ouvrent et ont le cœur à la fête en naviguant dans ce bassin de marginaux. Les gens s’affairent, d’autres expriment leurs appréciations, plusieurs expliquent leurs créations, certains plus exubérants et excentriques contrastent avec d’autres plus en retrait.



Les lauréats du premier prix : Recursive Noodle Network de l'équipe Coucou est un instrument de musique qui utilise les nouilles ramen comme contrôleur principal. L'installation ressemble à un séquenceur traditionnel et offre différentes façons d'interagir avec la musique, tandis qu'un affichage graphique aide l'utilisateur à comprendre comment ses actions affectent le séquenceur. Basé sur les intégrateurs AI et VR, Fundamental Frequencies est une interface BCI (Brain Computer Interface) qui déclenche et transforme visuellement les mémoires sonores en une œuvre d'art médiatique collective personnalisée en constante évolution. 

Au final, le Hacklab de MusicMotion fût un véritable Showcase d’ingéniosité et de savoir-faire inégalé axé autour des démarches artistiques, des concepts et des processus créatifs. Un étalage d'inventivité inusité, hors des sentiers balisés. Un beau mélange de travail ardu, de passion et de collaborations entre gens inspirants, généreux et allumés. La curiosité envers les projets des différents participants démontrait le bel échange d’esprits issus de différents horizons, dans un grand respect mutuel à travers ce marathon. Des visages souriants, malgré le dimanche et la fatigue. L’événement à caractère privé était très convivial, une sorte de cercle fermé du milieu, n'étant pas officiellement ouvert au public, où intervenants et initiés y étaient conviés à une sorte de microcosme éphémère. Chapeau à toute l’organisation pour la logistique et pour cette occasion de création unique !

samedi 24 août 2019

Loscil | Moments planants


Vaporeux à souhait, la sonorité ambiante de l'artiste peut agir comme un somnifère sur certains, la preuve en est que mon voisin de gauche s’est assoupi à quelques reprises et je n’en fais pas exception, j’ai bien failli à mon tour ! La fatigue de la semaine n’aidant en rien pour venir contrer cet effet, le concert ayant lieu le vendredi. Sa sonorité méditative est prône aux réflexions contemplatives et à l’intériorisation. Ses projections en nuances de gris allient captations organiques à des formes géométriques, souvent rectilignes.



Véritable as des crescendos et des subtilités, l’artiste originaire de Vancouver a doucement bercé son auditoire avec sa plus récente création. Ses fines textures (structures) créent un apaisement instantané et ont eu un effet durable alors que le silence quasi-total régnait à la fin de son spectacle pour mener à l’entracte. En espérant que la seconde moitié de l’événement puisse en sortir quelques-uns de leur terreur avant d’entendre des ronflements. En toute connaissance de son approche musicale, je dois avouer que je ne m’attendais pas à moins de cette expérience.

Dans une dimension parallèle


Drew McDowall et Florence To avec la présentation de Time Machine. Une oscillation d’ondes sonores au ton un peu austère, où les spectateurs se retrouvent propulsés dans le cœur d’une génératrice. Un grand tourbillon de sons et d’images qui se métamorphosent lentement, telle une ode à la lenteur avec ces structures tranquillement évolutives. Un exercice de patience et la répétition, une sorte de Om perpétuel où l’on comprend le jumelage avec Loscil. Un véritable ballet de couleurs et de lumières qui sur-stimule l’ouïe et la vue.



Où il faut savoir apprécier les longueurs et la dégradation sonore. Un voyage psychotique catapultés dans une autre dimension remplie d’émotions. Un seul bémol, j'ignore pourquoi l’on s’entête à installer les artistes devant les écrans, quoi qu’il en soit, la silhouette féminine de Florence To était très appréciable, surtout pratiquement immobile de profil aux projections. Plus près de l’ambiant, expérimental que de la musique actuelle, garni en explorations musicales.

vendredi 23 août 2019

Ryoichi Kurokawa et 404.zero | Pur Surréalisme


Pour la première installation la série d'événements audiovisuels, nommés A/Visions à juste titre, Mutek conviait les festivaliers à nous pas une, mais deux premières mondiales dans l'antre du Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.


Avec Subassemblies, l'artiste japonnais Ryoichi Kurokawa a fabriqué une incursion dans de saisissants environnements surréalistes où les éléments se contorsionnent, se distordent, et se décomposent pour mieux se recomposer. Dans un grand gyroscope de sons et d'images où se côtoient stroboscopie, les spectateur se retrouve assiégé, bombardé et mitraillé des tympans comme des globes oculaires !


Une sorte d'opposition de la nature versus les bâtiments, des images saccadées, à l'instar des sonorités glitch qui circulent de tout bords et tout côtés. Le tout débute avec une ballade inquiétante dans une forêt numérique (qui, celle-là, n'a rien à voir avec Jérôme Minière) réminiscente du film The Blair Witch Project en version revampée, qui se juxtapose en une promenade dans des lieux désaffectés, où la végétation reprend le contrôle sur l'architecture et le béton. Époustouflant d'hyper-réalisme, avec la matière qui devient perméable, cet univers défie notre conception des paramètres du possible.


Submergés par le format de l'écran et par l'immensité des constructions sonore du nippon, l'auditoire se laisse entraîner dans un univers où tout devient plausible. Une atmosphère similaire à un rêve fiévreux, une ambiance angoissante qui tient en haleine du début jusqu'à la grande finale dans une grande pétarade. Ce seul moment sans images fait voyager l'imaginaire qui, par les sons entendus, évoque un cataclysme épouvantable ou des déflagrations d'un conflit post-apocalyptique surgissent.

Permutation de bruits et de statique


La barre était haute pour le duo russe 404.zero qui suivait, après une fresque visuelle et sonore aussi monumentale que celle que nous venions de vivre ! Ils arrivent avec leur synthétiseurs modulaires sur scène avec une lourde tapisserie sonore noise et abrasive. Déjà que l'auditoire venait d'en prendre plein la tronche avec monsieur Kurokawa, sans même vouloir faire de comparaison, il s'agit d'un mince défi pour réussir à captiver autant l'attention que ce dernier.


Le visuel abstrait joue énormément avec le relief qui semble être en perpétuelle mutation et passe de vaporeux jusqu'à un effet de 3 dimensions. Les séquences parfois soutenues créent une sorte de mal-être. La transition soudaine vers de leur visuel beaucoup plus concret, martèle des images où l'on dénote une grande détresse émotionnelle, avec la sensation que les murs se referment sur nous, grâce aux sonorités anxiogènes, voire même cauchemardesques.

Voici un bon exemple de ce qui laisse pantois !

jeudi 22 août 2019

Tim Hecker | Dissonances Magistrales


La Place des Arts attire une foule considérable en cette radieuse en fin de journée d'un mercredi qui s'annonce extraordinaire. La fébrilité était dans l'air à l'idée de l'expérience qui attendait les spectateurs de cet événement visiblement très attendu. Bien plus d'une heure avant l'heure du spectacle au Théâtre Maisonneuve, une imposante file de gens font attendent pour attraper ce véritable phénomène pour la représentation avec son Konoyo Ensemble.


L'artiste canadien était venu présenter le fruit de ses deux plus récent album, soit Anoyo et Konoyo, entouré de musiciens japonais. Pour ce grand maître de la saturation, même  Alain Mongeau, grand-manitou de Mutek, était là pour l'occasion. Dès les premiers instant, l'auditoire est happé par un mur de son d'une rare amplitude. Par chance que ce sont des places assises dans la salle, puisque ces vagues sonores en aurait bien foudroyés quelques-uns !


Côté scénique, aucune projections, qu'un immense nuage de glace sèche et un jeu de lumière sobre et on ne peut plus efficace venaient soutenir les musiciens. L'arsenal technique du Théâtre Maisonneuve a rarement été utilisé à aussi bon escient. Avec cet ensemble, Tim Hecker a produit des vagues sonores parfois subtiles et innocentes, parfois immenses et rugissantes, tout près de la saturation avant de retomber momentanément tel un avion de ligne dans une poche d'air. Ces viscérales fabrications musicales ne peuvent faire autrement que de déstabiliser, captiver et secouer, autant physiquement qu'émotionnellement quiconque les entends.


L'artiste avait convié son public à une sorte de basse messe, baignés dans cette atmosphère solennelle d'une rare intensité, pour littéralement vibrer de l'intérieur. Les décibels et les basses fréquences étaient telles qu'elles ont fait vibrer les os jusqu'à la moelle et même pratiquement faire saigner de nez ! Similairement à l'événement Drone  Activity In Progress, présenté il y a quelques années par le Red Bull Music Academy pour ce spectacles olfactif mémorable, couchés dans l'épaisse brume et l'obscurité.





















De cette prestation tout simplement saisissante, près d'une heure s'était écoulée sans même s'en apercevoir ou d'en avoir les oreilles en choux-fleurs. Sans bourdonnement ni fatigue auditive, ceci relève tout de même de l'exploit pour un concert d'une telle magnitude. Sidérés de ressortir de ce voile de sons stridents, de bruits et de brume, l'auditoire a du retrouver son chemin vers la réalité.


Méditations Synthétiques



Kazuya Nagaya, seul sur scène assis sur les planches avec son ordinateur portable, entouré micros pour de ses bols tibétains, il est clair que cette première partie allait mettre la table pour ce qui allait suivre ! Ses nappes sonores se retrouvent quelque part entre la musique Nouvel-Âge réinventée tout en évitant les clichés habituellement associés en genre (donc, sans les sons d'eau et les chants d'oiseau), le minimalisme mélodique de Nils Frahm et l'ambiant à la façon de Murcof.


La spatialisation de ses bols chantants était particulièrement réussie, avec l'artiste qui tournait autour de ceux-ci dans une sorte de chorégraphie que lui seul connaissait la clé. Une approche musicale drone, particulièrement méditative, qui on le devinait, était grandement ressourçante et apaisante. Exactement ce dont le public de Tim Hecker avait besoin pour en faire une soirée de fin d'été absolument mémorable !

Mutek20 | Première Noctambule


Il y aura toujours des premières fois. Dans mon cas, c'était la première fois que je mettais les pieds à l'Agora du Cœur des Sciences de l'UQAM, un endroit convivial, transformé en salle de spectacle bien équipée au niveau de la sono impressionnante et de l'éclairage dynamique.



Beaucoup de matériel se retrouve sur scène, ce qui laisse présager des enchaînements fluides entre les groupes. Visiblement, l'équipement requis a été mis en place pour face aux défis que représentent l'architecture de la salle au niveau acoustique et pour faire passer un moment de qualité à l'auditoire de ce premier événement du festival Mutek de la série Nocturne.



L'entrée des spectateurs se fait tranquille alors que Tamayugé monte sur scène. Le duo féminin montréalais, d'origines nippones et ukrainiennes, arrive vêtues de chemisettes d'hôpital devant une foule bigarrée composée d'habitués du festival de tout acabits.



Les spectateurs se retrouvent rapidement propulsés quelque à la croisée des chemins entre l'intensité du groupe The Knife (particulièrement pour l'aspect vocal déjanté qui rappelle un peu Fever Ray), la folie du groupe le plus décalé de Laval Les Amis Au Pakistan, la puissance de la chanteuse du groupe Braids et même de chants de gorges à la manière de Tanya Tagaq par moments. Le binôme se lance allègrement la balle, de sorte que les filles semblent en parfaite symbiose entre l'organe vocale, la guitare et les machines. L'aspect scénique hautement théâtral ajoute énormément à l'expérience viscérale, énergique et un peu déstabilisante. Définitivement une découverte !

 




















Dommage que les lieux étaient pratiquement désert en début de soirée pour elles qui avaient le rôle ingrat d'ouvrir le bal. Ensuite, c'est au tour du duo lettonien Domenique Dumont qui fait une forme d'électro-tropicale, infusée de sonorités électro kitsch, qui allie funk du type baléarique à une voix similaire à un croisement entre Braids et Grimes.




Une ambiance joviale, un peu bonbon, davantage digne du festival Pop Montréal que de Mutek. Par chance, quelques envolées instrumentales aux touches joyeusement psychédéliques arrivent à mi-chemin de leur spectacle, tandis que les élans de son comparse à la guitare rappellent vaguement Tycho. Pendant ce temps, la salle commence à être bondée, probablement du au fait que les spectacles qui avaient lieu dans les autres salles venaient de terminer, de sorte que la foule de l'Agora était bien réchauffée pour accueillir Organ Mood.



Les chouchous arrivent avec tout un bataclan par la porte du côté de la salle et s'installent devant la scène, au beau milieu de la foule. Une somme considérable d'équipement, de branchements et d'installations se font dans un temps record pour tout ce matériel qui semblait arriver de nul-part. Un attente de courte durée qui en valait largement la peine.




Une fabuleuse démarche artistique prend le contrôle complet de la salle, projetant sur ses murs à l'aide d'anciennes lumières de scènes et d'acétates de matières organiques et différentes fabrications artisanales. Des dessins à la main, des formes et des motifs tous les plus inspirés les uns que les autres. Pendant qu'un s'occupe des machines musicales, les deux autres membres s'affairent à nourrir ces projections manuellement dans ce bel alliage d'outils numériques et physiques, tel un DJ avec ses tables qui fouille dans ses caisses de vinyles, remplacées ici par des boites lumineuses et des caisses d'acétates.


Cette approche artisanale donne au spectacle une sorte de saveur plus hipster, Et qui dit hipster, dit immanquablement un dérivé de mentalité douchebag branché qui a vite fait de submerger les lieux. Le beau respect et la calme du départ est remplacé par des gens qui parlent fort, qui vont un peu partout sans trop se soucier sur quels pieds ils viennent d’empiéter. Est-ce l'effet de l'alcool, un fossé générationnel, ou un phénomène de société qui fait que plus de gens se retrouvent au même endroit et plus le quotient intellectuel diminue au prorata... Qui sait ?


En faisant participer des non-musiciens à ses performances, Organ Mood a définitivement une sorte d'engouement comparable à celui d'Arcade Fire à ses débuts, mais doté d'une approche musicale électronique. Avant que le collectif Expansys ait le temps de commencer, bien des gens ont quitté les lieux avec l'heure avancée, surtout pour une performance aussi tardive un mardi soir et ça se comprend. Par contre, ils ne savent pas ce qu'ils manquent... Au moins, ceci a le mérite de faire respirer le plancher de danse !



Derrière ce lot impressionnant d'équipement (une chance qu'ils sont grands !), de branchements synonymes de cauchemars de techniciens de scène, typiques aux synthétiseurs modulaires, Expansys a préparé des patches aux répétitions à la fois complexes, hypnotiques et texturés. Avec tout ce modelage sonore, la modulation et la manipulation hautement dynamique, autant sur le pan auditif que visuel hautement détaillé, il est évident qu'une somme considérable de recherche fut nécessaire pour en arriver à un résultat aussi réussi.


Une recette rudement efficace, tel une sorte de kaléidoscope de machines et de sons, en équilibre entre explorations sonores, techno expérimentale, rythmes dansants et une approche psychédélique un peu downtempo qui rappelle celle de Jon Hopkins. Du côté visuel, il s'agit d'un travail extrêmement détaillé qui incorpore des éléments organiques avec l'apport fabuleux du Patchouli's Light Show, véritable alchimiste de l'image. Un visuel et une sonorité vivante, où les fluides interagissent au gré des infragraves et où l'on entend l'électricité courir à travers les circuits.


Avec un alliage hors du commun de structures musicales soigneusement ficelées et de visuel hautement inspiré, Expansys a su faire bouger la foule sans peine jusqu'à 2 heure du matin. Une ambiance qui s'est graduellement transformée en une grande fête digne d'un rave. Leurs pièces endiablées, archi-entraînantes, auraient facilement fait danser les spectateurs jusqu'à la lueur du jour, de sorte qu'on a déjà hâte au prochain spectacle !

Monolake | Compositions Monolithiques


Monolake (Robert Henke) a su faire vibrer le temple de la technologique qu'est la plus récente création de Guy Laliberté comme seul lui pouvait le faire.


Les créations musicales de ce véritable architecte du son, du bruit et des silences, ont fait ronronner les basses fréquences de cet endroit unique, tout le spectre sonore était calibré à la perfection. Monochrome au niveau des choix de couleurs des projections et de l'éclairage, jouant avec les contrastes, ceux-ci illustrent extrêmement bien la froideur de ses monolithes sonores ultra-denses et texturés. Une impression surréaliste, parfois comme au centre d'un bloc de marbre liquide, des textures qui passent du vaporeux jusqu'à des projections métalliques, rehaussées par l'utilisation des tiges "kinétiques" savamment intégrées, uniques au PY1.



Il faut tout de même avouer qu'au premier abord, il y a un choc évident entre le site emménagé pour le public de la pyramide, axé, disons-le, sur une clientèle cible différente que celle des festivaliers de Mutek. Ceci n'a nullement empêché l'auditoire de vivre une expérience singulière au beau milieu de cette cathédrale du son et de l'image et de savourer chaque instant de cette représentation époustouflante et si bien calibrée.



Les structures musicales de l'artiste allemand se retrouvent à la croisée des chemins entre la musique techno, tantôt pratiquement drone, tantôt maximalistes aux tendances industrielles. Parfois stridentes, voire dissonantes, le tout rehaussé par des effets visuels qui pouvaient rendre claustrophobe dans un lieu pourtant aussi vaste. Une seule ombre au tableau, je m'attendais à davantage de projections dynamiques et un peu moins de jeux de lumières disons, minimalistes. De retour une ultime fois dimanche pour le spectacle Au-Delà Des Échos, spécialement conçu pour PY1, pour un autre article et mon verdict.