vendredi 13 juin 2014

Qu'il est triste d'être gelé sans danser le twist


Mercredi 11 juin 2014, il fait un de ces temps maussade sur la ville alors que les préparatifs pour les Francofolies sont pratiquement terminés. Cette soirée grise ne gêne visiblement pas les amateurs de musique recherchée pour sortir et aller voir de la visite rare, puisque The Notwist est de retour dans la métropole, à la Société des Arts Technologiques, plus précisément.



PERSPECTIVE


Premier coup d’œil à la foule qui se masse sur le plancher de la première salle de la SAT et le constat est qu’elle est majoritairement masculine. L’auditoire est constitué d’un éventail hétéroclite d’âges et de styles différents, mais la pilosité faciale prédomine. Un ratio élevé d’anglophone est notable, sans être surprenant, puisque l’événement se déroule dans le cadre du festival Suoni Per Il Popolo et que les gens branchés sur la bonne musique parlent la langue de Shakespeare en grande partie. Toutes les attentes sont permises, de sorte que le risque de déception est élevé. Avec le potentiel technologique des lieux, un soutien visuel étoffé est à prévoir. Au profit de projections vidéo, un éclairage dynamique, sobre mais efficace est au menu. Au niveau de la sonorisation, difficile de se trouver une position adéquate afin d’éviter la réverbération des colonnes en ciment qui, sans obstruer la vue, gênent un peu le plaisir auditif.



RÉTROSPECTIVE


Le trio allemand a bien des dérivés depuis ses premiers balbutiements au tout début des années '90. Que l'on parle de la moitié de 13 & God avec Doseone et Jel qui, eux-mêmes, forment Themselves et plus récemment, Alien Ensemble, projet de Micha Archer, le chanteur de la formation. On ne parle même pas de Console et d'Acid Pauli, projets de Martin Gretschmann, l'homme derrière les machines, ni de Lali Puna ou Tied & Tickled Trio, formation dans laquelle se retrouve Markus Archer... C'est à se demander comment ces gars-là arrivent à trouver le temps pour dormir tellement qu'ils sont productifs !


La prestation tarde à commencer, comparativement à l’heure indiquée de l’événement initialement. Elle qui a lieu en plein nombril de semaine et qui comporte deux numéros avant que la tête d’affiche prenne du service, il est maintenant évident que ceux qui désirent la voire dans son intégralité devra se passer du métro. Comme la majorité des spectacles de ce type musical, c'est-à-dire cérébrale et en marge de la marge, on souhaite que la salle se remplisse au maximum avant de faire monter How Sad sur les planches. Après une prestation concise et sans grande surprise de la formation montréalaise, il est temps que Jel vienne réchauffer adéquatement la foule.


UN COMBO QUI COLLE BIEN


Le producteur d'Oakland et un des membres fondateurs de l’étiquette Anticon embarque sur scène avec sa nonchalance qu’on lui connaît. Jeffrey James Logan, l'homme derrière le pseudonyme, nous balance pièces après pièces, issues principalement Late Pass, son plus récent album. Ses interventions faites sous l’égide de l’humour sont sans prétention et retiennent d’autant plus l’attention. Un des spectateurs demande des nouvelles de Dax Pierson – claviériste et arrangeur dans le collectif 13 & God qui s’est retrouvé paraplégique suite à un accident pendant leur tournée en 2005 – et le bilan est positif : Le musicien recommence à se produire grâce à un arsenal de gadgets.


Visiblement, certains dans l’auditoire en n'ont pas seulement pour The Notwist et connaissent bien le parcours des musiciens. La même question fût posée lors de la dernière tournée de Jel l’an dernier, un habitué du Il Motore et d’autres petites salles de la métropole, le centre-ville et sa faune change légèrement la dynamique, tel que mentionné lors d’une de ses interventions les plus loquaces. L’homme derrière la boite à rythmes livre une solide performance et l’auditoire se dégourdie allègrement. Toujours aussi humble et accessible, on retrouve Jel derrière la table de marchandise suite à son numéro, difficile de ne pas encourager des artistes aussi inspirés !



PLACE AU PLAT PRINCIPAL


Après une pause plutôt longue et ses derniers ajustements techniques, le groupe arrive enfin pour répliquer à la prestation qui le précède tout en rehaussant le ton de quelques degrés avec cinq musiciens pour livrer une performance à la hauteur de leurs enregistrements. D’entrée de jeu, la scène est remplie à craquer d’instruments, de bidules et de claviers de toutes sortes, même des manettes pour la Wii de Nintendo, il est alors certain que nous aurons droit à de sonorités riches et variées.


D'une part, j'adore l'aspect électronique que The Notwist fait de mieux à mon humble avis, mais il fallait bien prévoir une représentation un peu plus musclée et axée sur les guitares. On oscille entre des pièces plus synthétiques et d'autres moments plus électriques issues de leur répertoire étoffé. J'apprécie énormément le ton timide de la voix frêle de Markus Archer, par contre, l'intelligibilité de ses propos se noient parfois dans cette masse instrumentale. J'imagine qu'il est extrêmement compliqué de rendre justice à son chant pour tout ingénieur de son avec un timbre aussi particulier.



Les musiciens chevronnés s'échangent de postes pendant cette prestation fluide, Console est souvent en avant-plan, parfois un peu en retrait derrière ses claviers, selon les besoins des pièces interprétées. Le tout se déroule pratiquement sans pause ni intervention entre les pièces qui s’enchaînent et se succèdent tel un feu roulant sonore. Avec un quart de siècle d'expérience sous la ceinture, il est apparent que la formation est bien rodée, mais un peu incompréhensible qu'elle attende encore un succès à plus grande échelle. Bien sûr, leur musique n'est pas des plus standard, mais elle est loin d'être hermétique avec ses refrains accrocheurs et ses airs qui restent collés en tête.



La salle n'est pas pleine à craquer, malgré que ce soit tout sauf un échec au niveau de la participation des mélomanes, mais l'important dans tout ça, c'est la qualité de gens qui se sont déplacés... Visiblement, difficile d'atteindre un succès commercial autant au niveau de la création musicale qu'en promotion événementielle. Néanmoins, nous avons une soirée qui se déroule pratiquement sans faille, autant au niveau de la prestation que de l'expérience globale que la SAT peut offrir, quoi que j'aurais préféré un peu plus de bonbon visuel et une meilleure sonorisation, même si c'est très loin de la catastrophe, bien au contraire !



Les rappels se succèdent de sorte que nous avons droit à une généreuse prestation de la part de nos protagonistes qui s'aventurent d'avantage en territoire électro pour le premier, en nous laissant tout en douceur avec le deuxième et ultime retour sur scène. Une finale touchante, une performance digne des plus grands et une expérience toute en finesse et subtilités, remplie de rebondissements sur le plan musical et émotionnel. Finalement, The Notwist nous fait grâce d'une soirée comme on les aimes !


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