mardi 27 août 2019

Hacklab | Ingéniosité artistique


Le Hacklab de MusicMotion a été un hackathon musical de trois jours qui a attiré 120 soumissions de projets, soigneusement sélectionnés pour leurs démarches artistiques recherchées, ainsi que pour la cohérences entre les projets. Cet événement satellite au festival Mutek s'est déroulé à la Maison Notman, du vendredi 17 août au dimanche 19 août.

Bien plus qu'une simple compétition, elle avait pour but de stimuler la collaboration et la complémentarité des talents, à créer un sentiment de communauté où musiciens, artistes numériques, chercheurs, passionnés de technologie et professionnels d'horizons différents se retrouvent. Au cours de la fin de semaine dernière, 7 équipes et 40 participants ont eu à leur disposition 8 mentors et une boîte à outils numérique composée de logiciels et d'autres ressources. Les équipes avaient pour objectif d'avoir un projet achevé en 48 heures qui combine art, musique et nouvelles technologies.


Par la suite, les gagnants ont été déterminés par le vote de 6 juges et les récipiendaires sélectionnés ont accès à une résidence LIVART, encadrée par deux experts, qui aura lieu du 26 août au 8 septembre. MusicMotion est un organisme à but non lucratif dédié à l'avancement des arts interactifs par la production d'événements ciblés et le développement d'une communauté internationale, alliant art et technologie.

Une véritable effervescence créative, bouillonnant d’activité et d’action avec énormément d’ingéniosité régnait dans les nombreuses pièces pratiquement labyrinthiques de l'endroit. Charmés par les lieux ancestraux, où l'antique contraste avec la modernité et le futurisme de l'événement. Beaucoup de cerveaux étaient en jeu derrière cette recherche avec une interaction physique et humaine et un alliage avec la technologie. Un magnifique échange entre les participants malgré la contrainte de temps, baignant dans nos propres sueurs avec la chaleur et l'humidité de cette journée, les petits pépins et les problèmes à surmonter, la fatigue (surtout vers la fin), le moral et l’ambiance était toujours positive. Des installations intrigantes, étranges, des inventions décalées, parfois même déstabilisantes, on y retrouvait un peu de tout et c'est bien ce qui était le plus stimulant ! Un joyeux bordel, un grand brouhaha s'installa pendant la tournée des juges où l’électricité dans l’air était palpable lors de ces derniers instants de la soirée, malgré une certaine longueur avant le dévoilement des prix après la délibération des juges. Pendant ce temps, on en profite pour prendre une photo d'équipe pour la postérité, les gens échangent, s'ouvrent et ont le cœur à la fête en naviguant dans ce bassin de marginaux. Les gens s’affairent, d’autres expriment leurs appréciations, plusieurs expliquent leurs créations, certains plus exubérants et excentriques contrastent avec d’autres plus en retrait.



Les lauréats du premier prix : Recursive Noodle Network de l'équipe Coucou est un instrument de musique qui utilise les nouilles ramen comme contrôleur principal. L'installation ressemble à un séquenceur traditionnel et offre différentes façons d'interagir avec la musique, tandis qu'un affichage graphique aide l'utilisateur à comprendre comment ses actions affectent le séquenceur. Basé sur les intégrateurs AI et VR, Fundamental Frequencies est une interface BCI (Brain Computer Interface) qui déclenche et transforme visuellement les mémoires sonores en une œuvre d'art médiatique collective personnalisée en constante évolution. 

Au final, le Hacklab de MusicMotion fût un véritable Showcase d’ingéniosité et de savoir-faire inégalé axé autour des démarches artistiques, des concepts et des processus créatifs. Un étalage d'inventivité inusité, hors des sentiers balisés. Un beau mélange de travail ardu, de passion et de collaborations entre gens inspirants, généreux et allumés. La curiosité envers les projets des différents participants démontrait le bel échange d’esprits issus de différents horizons, dans un grand respect mutuel à travers ce marathon. Des visages souriants, malgré le dimanche et la fatigue. L’événement à caractère privé était très convivial, une sorte de cercle fermé du milieu, n'étant pas officiellement ouvert au public, où intervenants et initiés y étaient conviés à une sorte de microcosme éphémère. Chapeau à toute l’organisation pour la logistique et pour cette occasion de création unique !

samedi 24 août 2019

Loscil | Moments planants


Vaporeux à souhait, la sonorité ambiante de l'artiste peut agir comme un somnifère sur certains, la preuve en est que mon voisin de gauche s’est assoupi à quelques reprises et je n’en fais pas exception, j’ai bien failli à mon tour ! La fatigue de la semaine n’aidant en rien pour venir contrer cet effet, le concert ayant lieu le vendredi. Sa sonorité méditative est prône aux réflexions contemplatives et à l’intériorisation. Ses projections en nuances de gris allient captations organiques à des formes géométriques, souvent rectilignes.



Véritable as des crescendos et des subtilités, l’artiste originaire de Vancouver a doucement bercé son auditoire avec sa plus récente création. Ses fines textures (structures) créent un apaisement instantané et ont eu un effet durable alors que le silence quasi-total régnait à la fin de son spectacle pour mener à l’entracte. En espérant que la seconde moitié de l’événement puisse en sortir quelques-uns de leur terreur avant d’entendre des ronflements. En toute connaissance de son approche musicale, je dois avouer que je ne m’attendais pas à moins de cette expérience.

Dans une dimension parallèle


Drew McDowall et Florence To avec la présentation de Time Machine. Une oscillation d’ondes sonores au ton un peu austère, où les spectateurs se retrouvent propulsés dans le cœur d’une génératrice. Un grand tourbillon de sons et d’images qui se métamorphosent lentement, telle une ode à la lenteur avec ces structures tranquillement évolutives. Un exercice de patience et la répétition, une sorte de Om perpétuel où l’on comprend le jumelage avec Loscil. Un véritable ballet de couleurs et de lumières qui sur-stimule l’ouïe et la vue.



Où il faut savoir apprécier les longueurs et la dégradation sonore. Un voyage psychotique catapultés dans une autre dimension remplie d’émotions. Un seul bémol, j'ignore pourquoi l’on s’entête à installer les artistes devant les écrans, quoi qu’il en soit, la silhouette féminine de Florence To était très appréciable, surtout pratiquement immobile de profil aux projections. Plus près de l’ambiant, expérimental que de la musique actuelle, garni en explorations musicales.

vendredi 23 août 2019

Ryoichi Kurokawa et 404.zero | Pur Surréalisme


Pour la première installation la série d'événements audiovisuels, nommés A/Visions à juste titre, Mutek conviait les festivaliers à nous pas une, mais deux premières mondiales dans l'antre du Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.


Avec Subassemblies, l'artiste japonnais Ryoichi Kurokawa a fabriqué une incursion dans de saisissants environnements surréalistes où les éléments se contorsionnent, se distordent, et se décomposent pour mieux se recomposer. Dans un grand gyroscope de sons et d'images où se côtoient stroboscopie, les spectateur se retrouve assiégé, bombardé et mitraillé des tympans comme des globes oculaires !


Une sorte d'opposition de la nature versus les bâtiments, des images saccadées, à l'instar des sonorités glitch qui circulent de tout bords et tout côtés. Le tout débute avec une ballade inquiétante dans une forêt numérique (qui, celle-là, n'a rien à voir avec Jérôme Minière) réminiscente du film The Blair Witch Project en version revampée, qui se juxtapose en une promenade dans des lieux désaffectés, où la végétation reprend le contrôle sur l'architecture et le béton. Époustouflant d'hyper-réalisme, avec la matière qui devient perméable, cet univers défie notre conception des paramètres du possible.


Submergés par le format de l'écran et par l'immensité des constructions sonore du nippon, l'auditoire se laisse entraîner dans un univers où tout devient plausible. Une atmosphère similaire à un rêve fiévreux, une ambiance angoissante qui tient en haleine du début jusqu'à la grande finale dans une grande pétarade. Ce seul moment sans images fait voyager l'imaginaire qui, par les sons entendus, évoque un cataclysme épouvantable ou des déflagrations d'un conflit post-apocalyptique surgissent.

Permutation de bruits et de statique


La barre était haute pour le duo russe 404.zero qui suivait, après une fresque visuelle et sonore aussi monumentale que celle que nous venions de vivre ! Ils arrivent avec leur synthétiseurs modulaires sur scène avec une lourde tapisserie sonore noise et abrasive. Déjà que l'auditoire venait d'en prendre plein la tronche avec monsieur Kurokawa, sans même vouloir faire de comparaison, il s'agit d'un mince défi pour réussir à captiver autant l'attention que ce dernier.


Le visuel abstrait joue énormément avec le relief qui semble être en perpétuelle mutation et passe de vaporeux jusqu'à un effet de 3 dimensions. Les séquences parfois soutenues créent une sorte de mal-être. La transition soudaine vers de leur visuel beaucoup plus concret, martèle des images où l'on dénote une grande détresse émotionnelle, avec la sensation que les murs se referment sur nous, grâce aux sonorités anxiogènes, voire même cauchemardesques.

Voici un bon exemple de ce qui laisse pantois !

jeudi 22 août 2019

Tim Hecker | Dissonances Magistrales


La Place des Arts attire une foule considérable en cette radieuse en fin de journée d'un mercredi qui s'annonce extraordinaire. La fébrilité était dans l'air à l'idée de l'expérience qui attendait les spectateurs de cet événement visiblement très attendu. Bien plus d'une heure avant l'heure du spectacle au Théâtre Maisonneuve, une imposante file de gens font attendent pour attraper ce véritable phénomène pour la représentation avec son Konoyo Ensemble.


L'artiste canadien était venu présenter le fruit de ses deux plus récent album, soit Anoyo et Konoyo, entouré de musiciens japonais. Pour ce grand maître de la saturation, même  Alain Mongeau, grand-manitou de Mutek, était là pour l'occasion. Dès les premiers instant, l'auditoire est happé par un mur de son d'une rare amplitude. Par chance que ce sont des places assises dans la salle, puisque ces vagues sonores en aurait bien foudroyés quelques-uns !


Côté scénique, aucune projections, qu'un immense nuage de glace sèche et un jeu de lumière sobre et on ne peut plus efficace venaient soutenir les musiciens. L'arsenal technique du Théâtre Maisonneuve a rarement été utilisé à aussi bon escient. Avec cet ensemble, Tim Hecker a produit des vagues sonores parfois subtiles et innocentes, parfois immenses et rugissantes, tout près de la saturation avant de retomber momentanément tel un avion de ligne dans une poche d'air. Ces viscérales fabrications musicales ne peuvent faire autrement que de déstabiliser, captiver et secouer, autant physiquement qu'émotionnellement quiconque les entends.


L'artiste avait convié son public à une sorte de basse messe, baignés dans cette atmosphère solennelle d'une rare intensité, pour littéralement vibrer de l'intérieur. Les décibels et les basses fréquences étaient telles qu'elles ont fait vibrer les os jusqu'à la moelle et même pratiquement faire saigner de nez ! Similairement à l'événement Drone  Activity In Progress, présenté il y a quelques années par le Red Bull Music Academy pour ce spectacles olfactif mémorable, couchés dans l'épaisse brume et l'obscurité.





















De cette prestation tout simplement saisissante, près d'une heure s'était écoulée sans même s'en apercevoir ou d'en avoir les oreilles en choux-fleurs. Sans bourdonnement ni fatigue auditive, ceci relève tout de même de l'exploit pour un concert d'une telle magnitude. Sidérés de ressortir de ce voile de sons stridents, de bruits et de brume, l'auditoire a du retrouver son chemin vers la réalité.


Méditations Synthétiques



Kazuya Nagaya, seul sur scène assis sur les planches avec son ordinateur portable, entouré micros pour de ses bols tibétains, il est clair que cette première partie allait mettre la table pour ce qui allait suivre ! Ses nappes sonores se retrouvent quelque part entre la musique Nouvel-Âge réinventée tout en évitant les clichés habituellement associés en genre (donc, sans les sons d'eau et les chants d'oiseau), le minimalisme mélodique de Nils Frahm et l'ambiant à la façon de Murcof.


La spatialisation de ses bols chantants était particulièrement réussie, avec l'artiste qui tournait autour de ceux-ci dans une sorte de chorégraphie que lui seul connaissait la clé. Une approche musicale drone, particulièrement méditative, qui on le devinait, était grandement ressourçante et apaisante. Exactement ce dont le public de Tim Hecker avait besoin pour en faire une soirée de fin d'été absolument mémorable !

Mutek20 | Première Noctambule


Il y aura toujours des premières fois. Dans mon cas, c'était la première fois que je mettais les pieds à l'Agora du Cœur des Sciences de l'UQAM, un endroit convivial, transformé en salle de spectacle bien équipée au niveau de la sono impressionnante et de l'éclairage dynamique.



Beaucoup de matériel se retrouve sur scène, ce qui laisse présager des enchaînements fluides entre les groupes. Visiblement, l'équipement requis a été mis en place pour face aux défis que représentent l'architecture de la salle au niveau acoustique et pour faire passer un moment de qualité à l'auditoire de ce premier événement du festival Mutek de la série Nocturne.



L'entrée des spectateurs se fait tranquille alors que Tamayugé monte sur scène. Le duo féminin montréalais, d'origines nippones et ukrainiennes, arrive vêtues de chemisettes d'hôpital devant une foule bigarrée composée d'habitués du festival de tout acabits.



Les spectateurs se retrouvent rapidement propulsés quelque à la croisée des chemins entre l'intensité du groupe The Knife (particulièrement pour l'aspect vocal déjanté qui rappelle un peu Fever Ray), la folie du groupe le plus décalé de Laval Les Amis Au Pakistan, la puissance de la chanteuse du groupe Braids et même de chants de gorges à la manière de Tanya Tagaq par moments. Le binôme se lance allègrement la balle, de sorte que les filles semblent en parfaite symbiose entre l'organe vocale, la guitare et les machines. L'aspect scénique hautement théâtral ajoute énormément à l'expérience viscérale, énergique et un peu déstabilisante. Définitivement une découverte !

 




















Dommage que les lieux étaient pratiquement désert en début de soirée pour elles qui avaient le rôle ingrat d'ouvrir le bal. Ensuite, c'est au tour du duo lettonien Domenique Dumont qui fait une forme d'électro-tropicale, infusée de sonorités électro kitsch, qui allie funk du type baléarique à une voix similaire à un croisement entre Braids et Grimes.




Une ambiance joviale, un peu bonbon, davantage digne du festival Pop Montréal que de Mutek. Par chance, quelques envolées instrumentales aux touches joyeusement psychédéliques arrivent à mi-chemin de leur spectacle, tandis que les élans de son comparse à la guitare rappellent vaguement Tycho. Pendant ce temps, la salle commence à être bondée, probablement du au fait que les spectacles qui avaient lieu dans les autres salles venaient de terminer, de sorte que la foule de l'Agora était bien réchauffée pour accueillir Organ Mood.



Les chouchous arrivent avec tout un bataclan par la porte du côté de la salle et s'installent devant la scène, au beau milieu de la foule. Une somme considérable d'équipement, de branchements et d'installations se font dans un temps record pour tout ce matériel qui semblait arriver de nul-part. Un attente de courte durée qui en valait largement la peine.




Une fabuleuse démarche artistique prend le contrôle complet de la salle, projetant sur ses murs à l'aide d'anciennes lumières de scènes et d'acétates de matières organiques et différentes fabrications artisanales. Des dessins à la main, des formes et des motifs tous les plus inspirés les uns que les autres. Pendant qu'un s'occupe des machines musicales, les deux autres membres s'affairent à nourrir ces projections manuellement dans ce bel alliage d'outils numériques et physiques, tel un DJ avec ses tables qui fouille dans ses caisses de vinyles, remplacées ici par des boites lumineuses et des caisses d'acétates.


Cette approche artisanale donne au spectacle une sorte de saveur plus hipster, Et qui dit hipster, dit immanquablement un dérivé de mentalité douchebag branché qui a vite fait de submerger les lieux. Le beau respect et la calme du départ est remplacé par des gens qui parlent fort, qui vont un peu partout sans trop se soucier sur quels pieds ils viennent d’empiéter. Est-ce l'effet de l'alcool, un fossé générationnel, ou un phénomène de société qui fait que plus de gens se retrouvent au même endroit et plus le quotient intellectuel diminue au prorata... Qui sait ?


En faisant participer des non-musiciens à ses performances, Organ Mood a définitivement une sorte d'engouement comparable à celui d'Arcade Fire à ses débuts, mais doté d'une approche musicale électronique. Avant que le collectif Expansys ait le temps de commencer, bien des gens ont quitté les lieux avec l'heure avancée, surtout pour une performance aussi tardive un mardi soir et ça se comprend. Par contre, ils ne savent pas ce qu'ils manquent... Au moins, ceci a le mérite de faire respirer le plancher de danse !



Derrière ce lot impressionnant d'équipement (une chance qu'ils sont grands !), de branchements synonymes de cauchemars de techniciens de scène, typiques aux synthétiseurs modulaires, Expansys a préparé des patches aux répétitions à la fois complexes, hypnotiques et texturés. Avec tout ce modelage sonore, la modulation et la manipulation hautement dynamique, autant sur le pan auditif que visuel hautement détaillé, il est évident qu'une somme considérable de recherche fut nécessaire pour en arriver à un résultat aussi réussi.


Une recette rudement efficace, tel une sorte de kaléidoscope de machines et de sons, en équilibre entre explorations sonores, techno expérimentale, rythmes dansants et une approche psychédélique un peu downtempo qui rappelle celle de Jon Hopkins. Du côté visuel, il s'agit d'un travail extrêmement détaillé qui incorpore des éléments organiques avec l'apport fabuleux du Patchouli's Light Show, véritable alchimiste de l'image. Un visuel et une sonorité vivante, où les fluides interagissent au gré des infragraves et où l'on entend l'électricité courir à travers les circuits.


Avec un alliage hors du commun de structures musicales soigneusement ficelées et de visuel hautement inspiré, Expansys a su faire bouger la foule sans peine jusqu'à 2 heure du matin. Une ambiance qui s'est graduellement transformée en une grande fête digne d'un rave. Leurs pièces endiablées, archi-entraînantes, auraient facilement fait danser les spectateurs jusqu'à la lueur du jour, de sorte qu'on a déjà hâte au prochain spectacle !

Monolake | Compositions Monolithiques


Monolake (Robert Henke) a su faire vibrer le temple de la technologique qu'est la plus récente création de Guy Laliberté comme seul lui pouvait le faire.


Les créations musicales de ce véritable architecte du son, du bruit et des silences, ont fait ronronner les basses fréquences de cet endroit unique, tout le spectre sonore était calibré à la perfection. Monochrome au niveau des choix de couleurs des projections et de l'éclairage, jouant avec les contrastes, ceux-ci illustrent extrêmement bien la froideur de ses monolithes sonores ultra-denses et texturés. Une impression surréaliste, parfois comme au centre d'un bloc de marbre liquide, des textures qui passent du vaporeux jusqu'à des projections métalliques, rehaussées par l'utilisation des tiges "kinétiques" savamment intégrées, uniques au PY1.



Il faut tout de même avouer qu'au premier abord, il y a un choc évident entre le site emménagé pour le public de la pyramide, axé, disons-le, sur une clientèle cible différente que celle des festivaliers de Mutek. Ceci n'a nullement empêché l'auditoire de vivre une expérience singulière au beau milieu de cette cathédrale du son et de l'image et de savourer chaque instant de cette représentation époustouflante et si bien calibrée.



Les structures musicales de l'artiste allemand se retrouvent à la croisée des chemins entre la musique techno, tantôt pratiquement drone, tantôt maximalistes aux tendances industrielles. Parfois stridentes, voire dissonantes, le tout rehaussé par des effets visuels qui pouvaient rendre claustrophobe dans un lieu pourtant aussi vaste. Une seule ombre au tableau, je m'attendais à davantage de projections dynamiques et un peu moins de jeux de lumières disons, minimalistes. De retour une ultime fois dimanche pour le spectacle Au-Delà Des Échos, spécialement conçu pour PY1, pour un autre article et mon verdict.


mardi 20 août 2019

Mutek Montréal | 20 ans d'audace


Il y a la musique électro en général et il y a les sélections d'artistes qui participent au Mutek qui se retrouvent globalement dans un univers à part entière !


Il y a 20 ans, le festival s'adressait davantage à un un cercle d'initiés. Aujourd'hui, il attire les foules issues de partout autour du globe, encore plus depuis l'avènement de la démocratisation de la musique et de la technologie, l'événement n'a cessé de croître en popularité. Mutek se retrouve maintenant dans sept pays où des événements lui font écho de Barcelone, en passant par Buenos Aires, Mexico, Dubaï, San Francisco et jusqu'à Tokyo.


Le festival est devenu une référence au fil des ans pour son contenu plus artistique, beaucoup plus contemporain, cérébral et technique que la grande majorité des festivals de musiques électroniques. S'échelonnant sur six jours cette année à Montréal, soit du 20 au 25 août, il regorge d'événement exaltants qui repoussent toujours plus loin les limites de la créativité avec sa programmation audacieuse. Même que, pour souligner l'occasion, la microbrasserie artisanale montréalaise Harricana a conçue une bière en édition limitée; une Pale Ale houblonnée au Cascade québécois. Raison de plus pour lesquelles tout férus de musique électronique se doit d'y assister !


Initialement tenu au printemps, le festival a lieu en plein cœur de l'été depuis 2017. Une initiative très appréciée par les festivaliers et qui connaît un succès d'autant plus retentissant. En installant son quartier général dans les nouveaux studios du collectif de création Les 7 Doigts cette année, Mutek met d'autant plus en valeur l'innovation en matière de productions artistiques, autant dans la métropole qu'à l'international. Des spectacles auront lieu un peu partout en ville dont à la maison mère aux studios des 7 Doigts, à l'Agora Hydro-Québec du Cœur des Sciences de l'UQAM, au PY1, au MTELUS, à la SAT, au Théâtre Maisonneuve, ainsi que des performance offertes gratuitement sur l'Esplanade de la Place des Arts.

La magnifique salle du Gesù, recevra la seconde collaboration entre Mutek et AKOUSMA; le festival des musiques numériques immersives, où se produiront Estelle Schorpp avec Le rêve de Maneki-Neko, Hugo Tremblay pour : fuir) seul » vers le » Seul, Alexis Nemtchenko alias Merovee avec FIELDS et Pierre-Luc Lecours pour Éclats | NoirLa collaboration entre le Piknic Electronik se poursuit cette année, alors que les artistes de Mutek prendront d'assaut le Parc Jean-Drapeau afin de souligner la clôture du festival en beauté, le dimanche 25 août.


Voici une sélection de spectacles à voir absolument


En ouverture mardi, direction quai de l’horloge sur les coups de 19h pour nul autre que Monolake au PY1 de monsieur Guy Laliberté et compagnie. Une expérience unique, autant au niveau musical que visuel, alors un petit détour dans le vieux port s'impose !



Après, c’est un rendez-vous à l'Agora du Cœur des Sciences de l'UQAM pour le premier événement de la série Nocturne, surtout pour voir EXPANSYS et Organ Mood. J'ai bien peur qu'il me faudra veiller tard et revenir en autobus, puisqu'ils jouent en dernier à cet événement qui se déroule de 22h à 2h.





Mercredi, dans la série X/Visions, c'est Tim Hecker & Konoyo Ensemble, avec son volet oriental à mi-chemin entre la musique méditative et l'ambiant expérimental aux tendances drone, c'est une performance à ne pas manquer !



Tout de suite après, ça se poursuit avec Le Nocturne 2 au studio des 7 Doigts avec Matmos et Ash Koosha avec YONA; deux autres phénomène à ne manquer sous aucun prétexte. Le premier duo est légendaire et le second, pour son audace et son aspect à la fois décalé et mélodique.




Jeudi est une soirée bien remplie qui débute avec Experience 2 et c'est gratuit à l'Esplanade de la Place des Arts. Il faut prendre au vol la vaporeuse YlangYlang et le vétéran Akufen avec sa microhouse singulière qui soulignera le 20e anniversaire du festival et on espère qu'il fera beau ! Tout de suite après le set de Marc Leclair (Akufen), direction l’Agora pour Play 1 avec Jan Jenilek et sa sonorité extrêmement recherchée et texturé.


Ça se poursuit en soirée avec A/Visions 1 et Ryoichi Kurokawa pour une performance de Jetlag, reposant sur la capture volumétrique de ruines, qui promet d'être une expérience hors du commun, Suivent ensuite les russes 404.zero qui, avec son équipement de synthés modulaires, semble bien emballant.




Le vendredi, du côté d'Expérience 3, toujours gratuitement à l'Esplanade de la PDA, BYZ et OBUXUM, sonnent particulièrement bien à mes oreilles. Cette torontoise m'épate, tandis que le montréalais d'adoption, originaire du Kentucky, fabrique une musique drôlement atmosphérique !



Grosse soirée en perspective avec le vancouverois loscil et ses productions ambiantes hautement texturées pour A/Visions 2 à 19h au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts pour la première Nord-Américaine du spectacle Equivalents.




Ensuite, c'est un retour à l'Agora pour Play 2, plus particulièrement pour voir Joni Void et Sonya Stefan qui interpréteront Mise en Abyme, une adaptation visuelle du plus récent album de Joni Void dans laquelle les deux artistes sont équipés de projecteurs numériques et 16 mm, de cristaux, d'eau et d’autres d'objets qui se réfractent et transforment un film en visuels abstraits et en textures organiques. Ça promet d’être un jeudi pas comme les autres !


Vendredi, nous avons l'embarras du choix, puisque la journée débute avec Experience 4 à l'Esplanade de la Place des Arts avec, entre autres, Johanna Knutsson, Pōe et R Weng. Enchaînent France Jobin, Richard Chartier et fuse* qui présentera Dökk en première canadienne au Théâtre Maisonneuve pour A/Visions 3.


Ensuite, direction Studios des 7 Doigts pour Motion 2 présenté par Red Bull avec Errhed (Doldrums), Huerco S et Nkisi. Plus tard, c'est un rendez-vous avec Ben Shemie (du groupe Suuns) pour Play 3 à l'Agora du Cœur des Sciences, ce qui promet d'être une soirée inoubliable !

Et finalement, pour la dernière journée de dimanche, c'est un ultime rendez-vous à l'Esplanade de la Place des Arts pour Experience 5 en compagnie de Gabriel Rei, V.ictor, Ohm Hourani et Dandy Jack and the Sniffing Orchestra, le tout couronné par un DJ set d'une légende vivante de la scène électro; John Tejada. Le dernier de la série Nocturne (et non le moindre) vaut amplement le déplacement au Studio 1 des 7 Doigts, pour assister à la première mondiale de Auflassen, le tout nouveau projet du Guillaume Coutu-Dumont qui comprend, entre autres, le batteur Robbie Kuster (Patrick Watson, Thus Owls). Sans oublier les fresques sonores du saxophoniste iconoclaste Bendik Giske, qui rappelle les explorations musicales de Colin Stetson.

Pour votre bon plaisir, voici une playlist spécialement conçue et assemblée pour faire un tour d'horizon musical le plus complet possible du festival. Tout pour donner l'eau à la bouche pour souligner en grand le 20e Mutek Montréal. Bonne écoute et bons spectacles !


samedi 17 août 2019

EXPANSYS | Interview


Gabriel Rivard-Drapeau (Gazebo) et Guillaume Sauvé (Sleeprunner) sont deux amis de longue date qui ont des projets musicaux en commun. Depuis quelques années, ils se sont graduellement éloignés de la musique rock et funk, sphère dans laquelle leur groupe Jackpot Trigger a évolué, pour prendre un virage de plus en plus électronique. Une nouvelle identité s'est alors lentement imposée, puisque leurs explorations sonores n'avaient plus rien à voir avec ce qu'ils faisaient ensemble auparavant.

En parallèle à cette évolution musicale, les deux fidèles comparses se sont lancés dans l'aventure TechnoSynth Instruments; une boutique en ligne d'interfaces analogiques audio et vidéo et de synthétiseurs modulaires.


Depuis, leur passion et leur savoir-faire pour la fabrication de sonorités recherchées n'ont cessés de s'accroître. Lentement, ces tapisseries musicales abstraites ont eu recours à un enrobage visuel singulier; celui de Georges-Étienne Tremblay (Georgi Patchouli), avec sa fascinante approche organique, tel un peintre de l'ère numérique. Ceci viendra cimenter un nouveau collectif nommé Expansys. Formé il y a tout juste quelques années, ils se retrouve déjà au sein de la programmation du 20e festival Mutek dans le cadre de la soirée Nocturne 1, l'un des premiers événements à guichet fermé de l'édition 2019 !


Voici une entrevue divisé en trois temps pour chacun des membres de ce fabuleux collectif qui ne fait que commencer à impressionner. Gageons qu'il n'a pas terminé de faire parler de lui avec cet alliage de créativité, d'improvisation musicale et de fresques visuelles tout simplement époustouflantes !


Gazebo (Gabriel Rivard-Drapeau)


Comment arrives-tu à gérer simultanément une boutique d'instruments en ligne et ce projet ?

Heureusement, ma recherche musicale et mon emploi sont extrêmement liés. Autant par mon partenariat avec Guillaume que mon développement comme artiste et mon expertise dans le domaine des instruments et de leurs utilisations.

La représentation et la vente, lorsque l'on est artiste, ce ne doit pas être toujours évident…

Effectivement, je ne suis vraiment pas un "bon vendeur" dans le sens classique du terme, mais j'aime par-dessus tout ce que je fais. La musique comme les interfaces pour la réaliser sont devenues mes passions. Peut-être que, de mon côté, c'est ce que j'arrive le mieux à partager, et mon contact avec les gens se fait de cette façon. Je perçois davantage les plateformes comme un moyen de partager des nouvelles qui me tiennent à cœur personnellement davantage qu'un outil de vente. J'aime entretenir cette discussion avec les gens et, plus souvent qu'autrement, ce sont eux qui me rejoignent pour me parler de ce qui les intéressent en ce moment.

Inondés d'offres et d'informations, noyés de ce flot perpétuel de notifications de toutes sortes, comment fait-on pour se faire remarquer ?

Porter l'afro et mesurer 6' 4'' (1,93 mètres) aide beaucoup ! Non, mais sans farce, c'est très difficile pour moi d'être constant sur les médias sociaux, Guillaume me motive beaucoup dans cette dynamique. Je crois que c’en est une des clés.

Originaire des Laurentides, il y a tout un pas entre la forêt et l’électronique, qu'est-ce qui t'as initialement attiré vers cet univers ?

J'ai tout de même débuté comme batteur pour un groupe rock et il y a ensuite eu Jackpot Trigger, entre autres ! Je pourrais dire que tous les membres de ma famille sont électriciens, mais je ne crois pas que cela soit une vraie raison... Le son assurément, je suis éperdument attiré par les palettes sonores que l'univers modulaire peut générer. Aussi, je suis une personne visuelle et très tactile, alors le système modulaire m'a tout de suite sauté aux yeux dès la première fois que j'ai eu la chance d'en voir un. Le fait de voir et de pouvoir se représenter clairement les connections, tout en aillant les mains extrêmement actives et en contact avec l'instrument. J'aime la vibration que ce système m'apporte et le travail cérébral de conception et de visualisation qu'il amène.

Dans ce coin de pays, à s'intéresser à ce genre de choses, est-ce qu'on peut en arriver à se sentir un peu comme un extraterrestre ?

C’est vrai qu’au Québec, c'est un petit monde le modulaire, mais sa communauté est de plus en plus riche. Pour ma part, j'ai besoin de la cohabitation de ces deux mondes. La plupart des gens ne s'intéressent pas vraiment à l'outil que tu utilises, ils vibrent ou pas sur l'expérience que tu leur proposes. En ce qui me concerne, j'aime les processus ! Si j’habite à la campagne et non en ville c'est pour respirer. Je me sens parfois plus extraterrestre en ville !

Nous sommes à l'ère où le plastique est démonisé et, avec ces machines; le modulaire et compagnie, Expansys en fait une utilisation exhaustive. Vous êtes en quelque sorte aux antipodes du minimalisme. N'est-ce pas un peu contradictoire ces outils versus la conscience écologique ?

Il ne faut surtout pas oublier que cette communauté en est une remarquable en ce qui concerne, premièrement; l'entraide, le DIY et le "recyclage". De mon côté, la plupart de mes modules sont de deuxième voir de troisième main etc. Il y a des gens à Montréal ou ailleurs au Canada qui ont comme principal emploi la réparation de ces outils. Par exemple, y'a un type à Boisbriand qui répare des synthés de façon exceptionnelle, on le retrouve entre autres sur les pages Facebook comme Canadian Modular/Synthesizer Gear Exchange, tu n'as qu'à mentionner ton problème et la communauté est là pour aider. Qui jette un module ?

Je ne veux pas faire l'avocat du diable, mais à un moment où un autre, un produit donné en arrive à sa fin de vie utile, pas vrai ?

En effet. En général, il s'agit d'un monde de petits fabricants. Je crois que certains réutilisent les pièces pour d'autres projets. Mais oui, le monde du recyclage en est un difficile à gérer, et mal géré.

On suppose que ce soit plus économique au niveau des fabricants d'agir ainsi. De fabriquer des produits fiables, aller à l'encontre de l'obsolescence programmée, il y va de sa réputation aussi...

Bien sûr, un module doit durer et fonctionner dans des conditions extrêmes ! Tu le sais au toucher. En fait, j'aime les instruments qui sont lourds dans une main, que tu peux jouer et ne pas avoir peur de t'exprimer pleinement !

Quelles marques recommandes-tu ?

Soma en Russie est une de mes préférées. Les instruments Vlad sont étrangement presque vivants. Roger Linn et son clavier multidimensionnel. Instruo, Schlappi, monome, dreadbox, Frap tools en Italie, Meng Qi en Chine qui, justement, fait un travail immense pour éduquer à l'importance de créer des choses durables et de qualité. Joranalogue Audio Design aussi, super qualité et performances incroyables et j’en passe !




Sleeprunner (Guillaume Sauvé)


On imagine tout l'équipement que le set-up qu'EXPANSYS nécessite, à l'ère du numérique et de la MAO, pourquoi avoir choisi le chemin de la synthèse modulaire ?

Pour les possibilités infinies que cela permet. Designer un système modulaire demande beaucoup de temps et énormément d'expérimentation mais à un certain point tu te retrouves avec un instrument complètement unique et ça, c'est hyper stimulant !

C'est tout de même complexe à tout raccorder et à trimbaler, j’imagine. Des soucis et des pépins en live sont-ils plus prônes d'arriver ce faisant ?

Définitivement ! C'est un plus gros défi, dans tous les setups / instruments que j'ai joués; il est de loin le plus complexe. C'est facile d'improviser mais difficile d'arriver deux fois au même résultat. La synchronisation de tout ça demande considérablement de tests. 

Donc, probablement pas d'enregistrement du type album en vue pour Expansys... Quels sont les projets à venir ?

Oui, mais plutôt sous forme de sessions live / semi-live. Un album avant la fin de l'année, promis !

Super, hâte de l'entendre ! Est-ce que Sleeprunner va poursuivre son chemin et comment Expansys nourrit cette bête (ou vice-versa) ?

Pour l'instant je suis à 100% investis dans Expansys, donc mes pensées sont axées vers le live, mais bientôt je compte retourner aussi dans mes projets solo en studio (quelque part en 2020).

Comment entrevois-tu l'avenir pour les projets créatifs qui allient arts et technologie de demain, qu'est-ce qu'ils devront inventer ou faire afin de se démarquer selon-toi ?

Je vois le spectacle de type immersif prendre de l'ampleur où l'attention n'est pas nécessairement dirigée vers une scène ou le / les musiciens, mais plutôt sur l'ensemble de l'atmosphère créée et de la combinaison de plusieurs sphères technologiques. Du moins, c’est ce que j’aimerais voir !




Georgi Patchouli (Georges-Étienne Tremblay)


Quel est ton cheminement en tant qu'artiste visuel ?

J’ai étudié le cinéma à l’université, ce qui m’a permis de découvrir le cinéma expérimental qui est rapidement devenu mon genre préféré. Ceci m’a beaucoup aidé a comprendre l’œil et les liens qu’il peu avoir avec l’oreille. Des réalisateurs comme Paul Sharits qui venait créer des rythmes pour l’œil ou encore Brakhage qui venaient jouer sur des tonalités de couleurs pour venir créer différentes émotions chez le spectateur. En sortant des études, le VJing me paraissait un moyen simple et abordable de pratiquer de l’image en mouvement. Apres ce fut Patchouli’s Light Show pour la création d’images fixes ou de court clips sur les médias sociaux et quelques show ici et là, souvent pour des amis. Maintenant, j’aimerais beaucoup me concentrer sur Expansys et de travailler sur des projets collaboratifs d'encore plus grande envergure.

Pourquoi le nom Patchouli's Light Show et comment en est-il venu à se greffer au collectif Expansys ?

En plus d’être organique, le patchouli a une odeur vive et coloré; comme mes visuels, je trouvais aussi chouette que le terme ‘’Patch’’ se retrouve dans le nom car en modulaire on appel ‘’patch’’ la combinaison d’appareils que l’artiste utilise. Pour les liens, je crois que le collectif Expansys existait bien avant Patchouli’s Light Show. Bien qu’il n’avait pas de nom, c’est grâce a Gabriel et Guillaume que je me suis mis a m’intéresser d’avantage aux visuels live. Patchouli’s Light Show à été pour moi le moyen d’intégrer le monde du visuel de mon coté, mais nous avions dès le départ l’intention de créer un projet audiovisuel ensemble.

Peux-tu expliquer un peu ton processus créatif derrière ton approche visuelle organique, ta recette de savant-fou finalement ?

Je me suis toujours intéressé à des médiums organiques. Ma première expérience en tant que VJ était avec un ordinateur et un contrôleur midi. Je n’avais pas l’impression d’avoir mes mains dans mon travail, de faire partie de ce que je faisais. Je n’ai pas apprécié cette distance et me suis tout de suite tourné vers le liquid light show. À la base, c’est de l’huile, de l’eau et des colorants pour chacun, mais j’utilise vraiment plusieurs types de liquides avec des consistances différentes en passant du lait aux savons. C’est grâce a Gab et Gui que j’ai découvert le modulaire et que je me suis mis a l’intégrer aux visuels. J’aime beaucoup mélanger l’aspect naturel des liquides et l’aspect technologique des modulaires tout en restant organique. Ceci me permet de vraiment contrôler le glitch comme un liquide.

Est-ce que les produits que tu utilises sont nocifs pour l'environnement ?

Ça dépend... Pour certains le glitch est une pollution visuelle ! Blague à part, à la base, je ne crois pas. Pour les liquides j’utilise de l’eau et de l’huile, du colorant alimentaire et la bougie. Certains utilisent de l’encre d’imprimante pour noircir leur eau, ce qui, je crois, n’est pas très écologique. Pour ma part, j’utilise de l’encre de chine qui est moins efficace, mais fonctionne très bien aussi. Peut-être que certaines marques de savon à vaisselle que j’utilise sont plus nocifs que d’autres, mais j’en utilise rarement.

L'art visuel est souvent synonyme de gaspillage, crois-tu qu'il soit possible de créer tout en limitant le plus possible son empreinte écologique ?

Je suis plutôt d'avis que c'est possible. Par contre, il est difficile de déterminer ce qui pollue le plus entre certaines créations organiques et une œuvre créée par ordinateur, dû aux différents processus de création des produits. Pour moi l’art, c’est exprimer quelque chose. Je crois que c’est ce qui compte le plus et je ne pense pas que l’empreinte écologique devrait venir contraindre cette communication. Elle peut faire partie du message, mais pas le limiter.