samedi 22 mars 2014

Rétrospective Musicale 2013 - Musique Actuelle/Contemporaine


Pour ce chapitre IX de mon bilan musical de l'année, une question se pose, mais qu'est-ce que la musique dite actuelle ou contemporaine ? Ma définition ou du moins, la version abordée par cet article, est un mélange de styles qui se situe quelque part entre les influences du passé avec une sonorité bien de son temps. Une catégorie l'où on classe l'inclassable en quelque sorte, une musique innovatrice, majoritairement, mais non exclusivement instrumentale et résolument audacieuse. Voici mes sélections qui reflètent ma description de cette catégorie.


ODDARRANG – IN CINEMA


La formation finnoise fait dans le minimalisme, comme le titre l’indique avec éloquence, sur In Cinema, on y entend des tapisseries sonores dignes d’une trame musicale pour un film et qui peut aisément être celui dont vous êtes le héros tellement c’est un enregistrement captivant. Une instrumentation jazz, des cuivres, des guitares électriques et une batterie lourde viennent garnir les structures qui se rapprochent de celles du post-rock, où l’on se situe quelque part entre la force de Mogwai et l’aspect vaporeux de Sigur Ros. Des pièces qui respirent, qui prennent leur temps en laissant parler le silence, de manière que l’on a nul autre choix que de tendre l’oreille afin d’en saisir l’essence. Une gamme d’émotions y est véhiculée, des instants d’une rare intensité, d’autres où l’on se sent comme dans un état de grâce et certains passages sont pratiquement méditatifs ou du moins, se prête facilement à l’introspection. L’auditeur n’a que peu de chance de demeurer de glace à l’écoute d’un album aussi prenant!




SATELLITI – TRANSISTER


Ce duo italien, formé par Marco Dalle Lurche (claviers) et Andrea Polato (percussions), fusionne des éléments d’inspiration jazz avec d’autres issus de l’univers électronica avec une bonne base d’exploration sonore, tant au niveau du traitement que de leurs structures musicales. L’équilibre en est tel entre ces trois mondes qu’il est presque impossible de déterminer où elle se situe exactement entre ces derniers, tant mieux si cette ligne n’est pas claire, puisque les membres du groupe sont libres d’expérimenter à leur guise. La créativité presque sans borne qui émane de cet album a peu d’égal en termes d’efficacité tout en préservant une base mélodique. Axé sur la rythmique et l’innovation, cette parution n’est pas nécessairement hermétique pour le néophyte tant qu’il reste ouvert aux compositions et aux envolées qui appartiennent au domaine de jazz, sans nécessairement en être adepte pour autant. On pense à Tortoise pour l’approche rock, Miriodor pour l’aspect jazz moderne et East India Youth ou Botany pour son côté électronique exploratoire.




COLIN STETSON – NEW HISTORY WARFARE VOL. 3 : TO SEE MORE LIGHT


Pour le dernier tome de sa trilogie, le saxophoniste baryton nous sert un enchaînement de compositions à la fois prenantes et planantes, possiblement moins grinçantes que sur les deux premiers de la série. Toujours avec ce jeu qui hypnotise ou nous fait entrer en une sorte de transe, avec ces sons fantomatiques parsemés tout au long de l’album, c’est un de ces enregistrements qui vous prennent par la gorge par sa densité et ses structures parfois tourmentées. D’autres pistes se font tout simplement angoissantes où une ambiance inquiétante plane dans l’air, le traitement sonore se veut déstabilisant et Stetson est passé maître de l’art.




APPARAT – MUSIC FOR THEATER


Définitivement l’un des meilleurs alliages de musique classique contemporaine et l’électronique de la part de cet artiste qui est ne cesse d’évoluer et de s’investir dans des projets musicaux stimulants. En plus d’être au sein de Moderat avec Modeselektor, Sascha Ring, l’homme derrière le pseudonyme, était visiblement inspiré l’an dernier en se faisant créatif pour imaginer une trame sonore qui s’éloigne de ses racines techno-minimalistes. Un enregistrement tout en finesse et en sensibilité, soigné tant pour son interprétation que pour la composition de ses structures musicales. Apparat assume de plus en plus du côté vocal, tel que démontré depuis The Devil’s Walk, son album précédent très puissant, paru en 2011. En se réinventant sans cesse, il nous sort des sentiers balisés pour nous emmener ailleurs au niveau musical et c’est tout sauf une mauvaise chose! Le type a survécu à un grave incident de moto vers la fin d’année, où il a bien failli y laisser sa peau, par chance, après une réhabilitation physique ardue afin de pouvoir se mouvoir. Il est de retour sur les planches en compagnie de ses deux compatriotes allemands au sein de Moderat qui sera d’ailleurs de passage à Montréal le 27 avril à la S.A.T. et nous sommes très heureux de ne pas avoir perdu ce talentueux artiste.




SALTLAND – THOUGHT IT WAS US BUT IT WAS ALL OF US


Une autre parution en provenance de l’étiquette Constellation qui défie les conventions par son habile mélange de musique arabisante et des arrangements qui se rapprochent de l’atmosphère de Dead Can Dance qui rencontre la formation Delirium. Une certaine spiritualité se dégage des pièces entendues sur le deuxième album de ce projet de Rebecca Foon et pour cause, étant la violoncelliste pour la formation A Silver Mt. Zion et fondatrice du groupe Esmerine, disons que son bagage en dit long. Majoritairement instrumentales, riches en instrumentations avec des structures qui allient autant d’éléments du jazz, la musique du monde, de classique contemporaine et le rock-exploratoire, ce qui positionne cet enregistrement dans une classe à part.




JERUSALEM IN MY HEART – Mo7it Al-Mo7it


Dès les premières notes de l’album au titre pratiquement imprononçable, l’auditeur est plongé dans un univers aux penchants arabisant qui sort des sentiers balisés. Un habile mélange du blues du Mali, de Raï et de soufisme pourrait décrire les textures musicales qui teintent cet enregistrement. Pas étonnant, puisque Radwan Ghazi Moumneh, libanais d'origine et co-propriétaire du mythique studio Hotel2Tango, avec son tonnant parcours nous ouvre ses valises sonores, bien garnies de ses influences. Ne vous laissez pas repousser par le nom du projet, puisque rien de religieux n’y est nécessairement rattaché, malgré un certain aspect méditatif, voire thérapeutique, qui transparaît de ses structures musicales. Avec ses sons de nature, il aurait été facile de verser dans une médiocre tentative de musique typiquement nouvel-âge, mais il n’en est rien, puisque malgré l’expérience zen qui découle de l’écoute de certaines pièces, d’autres ajoutent un côté définitivement avant-gardiste et audacieux, avec ses alliages d’arrangements traditionnels et l’utilisation d’une instrumentation résolument bien de cette époque numérique.




ALEXEÏ KAWOLSKI - (RE)CONSTRUCTION (1-2-3)


Typiquement avant-gardiste, dans la plus pure définition de ce qu’est la musique actuelle et contemporaine, Kawolski produit un genre d’électro-acoustique qui ne se veut exploratoire à souhait. Voici l’intégralité du triptyque qu’il a conçu qui devrait ravir tout amateur de recherche sonore et de musique expérimentale. Tantôt déstabilisante, parfois plus vaporeuse, la musique de ce (Re)construction ne sont pas des plus mélodiques, mais toute sauf dépourvue d’audace. On pense à Autechre, Squarepusher, Aphex Twin pour l’aspects ambiant et Matmos, moins le côté vocal, pour les sonorités glitch et exploratoires, fortement recommandé aux plus aventuriers mélomanes!




BEATS ANTIQUE - A THOUSAND FACES ACT I


Zoe Jakes, une danseuse de baladi visionnaire, s'est entourée par les producteurs Sidecar Tommy et David Santori, avec ce pseudonyme évocateur, pour créer une musique métissée qui puise autant ses influences dans la culture hindoue que dans l’électronique. Quelques collaborateurs sont venus lui prêter main forte, dont Les Claypool (Primus), ce qui donne aux pièces du projet des teintes distinctives. Parfois, on se rapproche un peu de ce qui fait la formation Delirium, particulièrement sur la pièce You the Starry Eyed avec l’apport vocal aérien de Lynx & Sorne, d’autres moments sont beaucoup plus basés sur les collages sonore et le mélanges des styles avec des structures instrumentales alliant le traditionnel oriental au modernisme de nos musiques occidentales de type IDM, qui rappellent ce que font Caribou, Mount Kimbie ou Muslimgauze, le tout dans un malaxeur sonore!




BRANDT BRAUER FRICK – MIAMI


Une instrumentation acoustique, des structures qui rappellent le style techno pour sa répétition ou le krautrock, pour ceux qui se sont toujours posé la question sans oser demander ou de prendre le temps de s’informer, un genre d’origine allemand, une variation de rock-psychédélique avec un rythme particulièrement présent, qui a vu un essor dans les années ’60. Cet enregistrement laisse une plus grande place à aspect vocal que Mr. Machine, leur forte parution de 2011. La rythmique prend encore une fois une place de choix dans leurs compositions, certes cérébral, entraînant et dense au niveau de ses arrangements, qui martèle parfois sa cadence infernale. L’album Miami est plus qu’une continuité dans le parcours des trois bonhommes, mais une suite logique dans leur évolution musicale et un ajout précieux pour tout mélomane à la recherche de ce qui sort des sentiers battus en termes de modernité et d’instrumentation plus classique. Preuve de plus que l’on peut aisément innover lorsque l’inspiration et la créativité sont au rendez-vous!




DARCY JAMES ARGUE – BROOKLYN BABYLON


Brooklyn Babylon est certainement l’une des parutions les plus audacieuses à paraître l’an dernier avec son mélange de styles qui allie habilement klezmer et certains éléments de musique de la Nouvelle-Orléans, ce qui donne parfois à l’enregistrement une ambiance de grande foire. Les structures instrumentales sont riches au niveau des arrangements avec la prédominance de la section des cuivres et elles se font souvent très dynamiques sur le plan rythmique. Alliant habilement le jazz et la musique classique contemporaine avec des éléments issus de l’école du rock, le tout exécuté avec une grande finesse et une approche toute en subtilités, les pièces de l’album se succèdent sans trop se ressembler. Définitivement exploratoire, sans se faire hermétique pour autant, on retrouve une bonne part de points d’ancrages dans ces excursions sonores. Comme une sorte de pèlerinage auditive où l’on en ressort éblouis et dans un étant d’esprit positif malgré l’aspect extrêmement prenant de la chose, tel un Machu Pichu musical, c’est une expérience hors du commun que tout mélomane devrait entreprendre!




LAND OF KUSH – THE BIG MANGO


Projet de Sam Shalabi qui se fait exploratoire tout en tant un peu worldbeat, avec son instrumentation diversifiée et ses structures expérimentales, connaissant le travail de l’artiste, il n’en pouvait être autrement. On sent que le collectif s’éclate sur cet enregistrement, un de plus en provenance de Constellation, qui est loin d’être à dédaigner et qui n’a vraiment rien à envier à l’ensemble de productions de l’étiquette montréalaise. Colin Stetson et une brochette de musiciens surdoués viennent donner vie aux compositions de Shalabi et compagnie, ce qui fait en sorte que le troisième album de Land Of Kush pète la coche!



C'est sur cette note que mon panorama sur la musique contemporaine ce conclu, en souhaitant vous avoir fait découvrir des sonorités qui vous font vibrer. La semaine prochaine, vous pourrez lire le dixième et dernier chapitre de ma revue musicale de l'année avec les maxi (EP) les plus marquants à avoir paru l'an dernier. En attendant, c'est un rendez-vous tous les samedis soirs dès 21h30, sur les ondes de CISM 89,3 FM La Marge de Montréal, pour la diffusion de mon émission remplie de nouvelles sonorités. Suivez-moi sur ma page Facebook pour Les Sons du Jour, mes découvertes musicales que je vous partage, publiées de manière quotidienne. D'ici là, portez-vous bien et prenez soin de vos esprits et des êtres qui vous sont chers!
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