lundi 16 septembre 2019

CRITIQUE | Massive Attack - Douceur Brutale


Les portes-étendards du Trip-Hop sont toujours aussi prônes à nous balancer le reflet de notre époque en plein visage, n'en déplaise à certains, ça frappe fort et tire sur un peu tout ce qui bouge à boulets rouges !


La formation de Bristol n’épargne pas plus son public qu’elle le faisait auparavant. Dès son entrée en scène, l’éclairage vif et stroboscopique assaille les rétines dans un grand brouhaha sur-stimulant, avant de se lancer dans un cover (en ouvrant le bal avec 10:15 Saturday Night du groupe The Cure). Des reprises de Velvet Underground, Pete Seeger, Horace Andy, Ultravox, Bauhaus, et même Avicii, sont autant de clin d’œils qui viennent entrecouper les pièces que le groupe britannique enchaînent tout au long de sa prestation en donnant une saveur conceptuelle à ce concert rétrospectif. On comprend mieux pourquoi la première partie du spectacle se résumait à des pièces pop diffusées de manière très lo-fi avant l’arrivée du groupe sur les planches du Centre Bell. Une sélection musicale digne des compilations Big Shiny Tunes et DansePlus qui survolent la trame sonore des années ‘90. Les projections documentent également des moments clés et souvent malaisants depuis la parution de Mezzanine il y a déjà 21 ans.


Difficile de ne pas trop se laisser affecter par l'immobilisme et la paresse intellectuelle de la grande majorité de la population obnubilé par cette sacro-sainte société de divertissement. Nombreux d'entre nous avons perdu tout esprit analytique, la réflexion ayant laissée sa place à la réaction depuis trop longtemps. Reflet de ce microcosme qu’était les spectateurs présents pour souligner les deux décennies qui se sont écoulées depuis la parution de l’album Mezzanine. Un précieux temps perdu pendant lequel rien n’a véritablement évolué, où nous sommes collectivement encore plus passifs que jamais; pacifiés par les pilules énumérées sur les écrans pendant le spectacle, maternés toutes nos vies jusqu'à l’inévitable fin… Comprendre les messages véhiculés est un effort beaucoup trop grand pour la majorité des gens qui ne connaissent que Teardrop et Inertia Creeps. Comme le disait Kurt Cobain : He's the one who likes all our pretty songs and he likes to sing along, and he likes to shoot his gun, but he knows not what it means...



Nous avons tous un peu de sang sur les mains, alors on se retrouve avec un goût doux-amer, quelque part entre la nostalgie et le fait que l'on répète les mêmes messages que lors du dernier passage du groupe à Montréal en 2010. Affublés par le fait que rien n’a réellement changé depuis, sinon que les choses s'enveniment avec le temps. Que la génération montante sur laquelle le monde compte autant pour son avenir est complètement dans le moule tout en l’ignorant totalement (ou, pire encore, en le niant catégoriquement). Cette impression que bon nombre d’entre nous en sommes ressortis tout simplement confus et que nous avons rien saisi de ce qui se déroulait sous nos yeux. Nombreux sont ceux, trop imbus d’eux-mêmes et incapable d’humilité, incapables d'avouer que nous sommes globalement dans le champ avec nos opinions véhiculées par notre petite science infuse. Trop accablés par nos cellulaires et par nos publications insignifiantes sur les médias sociaux pour s’en rendre compte, impossible de s'arrêter, pas même pendant le spectacle, voilà le comble de l’ironie ! Bien sûr, il ne faut pas se leurrer, tous les gens n’abordent certainement pas la musique de la même manière, mais quand le message est si évident et puissant, c’est quand-même déroutant…



On est parfois excellents pour écrire des inepties, prompt à pondre des trucs qui paraissent bien à la va vite afin de produire toujours plus de contenu vide de sens. De bien belles figures de styles, dans la plus pure des traditions de masturbation intellectuelle, mais qui ne vont franchement nul-part. Le tout, sans approfondir ni s’appuyer sur une bonne recherche avant d’écrire quoi que ce soit, sans véritablement maîtriser le sujet, c’est ça les médias d’aujourd’hui. Plus souvent qu’autrement, on parle d’opinions bien davantage que de faits à tords et à travers notre chapeau de grosses têtes d’eau, ça ne laisse aucun doute : l’avenir, autant journalistique que celle au sens large, est entre bonnes mains (sic) !



Quoi qu’il en soit, ces urnes numériques où les morts dansent encore parmi nous comme le dit si bien l'une des phrases chocs projetées sur grands écrans derrière le groupe anglais, est rempli de gens, d'événements et de choses révolues. Dans un grand capharnaüm de sons et d'images, submergés de pensées, des moments ahurissants équilibrés par des moments plus atmosphériques et apaisants où une approche downtempo rencontre l'intensité. En somme, une expérience déstabilisante, une sorte d'incubateur à réflexion qui mérite que l'on s'ouvre aux questionnements et à la discussion. Un appel au changement, à la mobilisation et à l'engagement social. Des messages de regroupement pour ainsi tuer l'apathie et l'individualisme poussé à l'extrême. Avec toile de fond de l'hyper-médiatisation du soi. Égocentriques, le déficit d'attention de notre civilisation est nourrit par un flot perpétuel d'informations superflues, alors serons-nous en mesure de se poser quelques instants pour entreprendre un tel exercice ? Pourtant, un examen de conscience n'a jamais été aussi nécessaire qu'à notre époque !

Une finale abrupte, sans aucune interaction des musiciens avec la foule et vlan ! Un coup de fouet lourd de sens, tel un brassage de cage collectif encore une fois nécessaire, bombardés de vidéos de répression policière, de tension sociale, de chocs de réalités et d'inégalités mondiales (et d'auto-patrouilles à la sortie). Saurons-nous faire ce qu'il faudra avant que sonne le glas ?

mardi 10 septembre 2019

CRITIQUE | PY1 – Au-Delà des Échos


Une expérience contemplative dans la pyramide du PY1 – Une fresque artistique et technologique signée Lune Rouge et Guy Laliberté


La première petite pyramide sert de hall d'entrée et de léger apéritif avec son jeu de lumière, des bandes luminescentes dynamiques, disposées à l’oblique qui s’entrecroisent. Aussitôt arrivés dans l'antre de la grande pyramide, une sphère se trouve au beau milieu de la salle. Autour, savamment disposés en cercle, le public prend lentement place dans des sièges inclinés sous un plafond holographique impressionnant et une toile de fond musicale dans la pure tradition du Cirque du Soleil avec ses chants grandioses.


Contrairement à l'ouverture du festival Mutek avec Monolake où l'entrée s'est effectuée dans l’obscurité quasi-totale, les spectateurs sont accueillis par un effet de profondeur épatant avec de multiples couches de projections et une quantité impressionnante de fumée qui reste au plafond grâce à l’écran suspendu. Cette fois-ci, pas de bars de douchebags ou de fouille intrusive à l’entrée et c'est beaucoup plus agréable ainsi ! Normal, puisqu'il s'agit ici d'un événement familial et non d'événements de type boite de nuit que le PY1 accueille de manière ponctuelle.


De prime abord, un ton narratif à la Charles Tisseyre débute cette grande allégorie sur la création de l’univers, la naissance et la destruction de la vie, suivie d'une renaissance qui place l'être humain au centre de tout de manière un peu égocentrique. Bravo pour les basses dignes d’un tremblement de terre, ainsi qu’à l’évolution musicale qui va de l’éthéré au tribal en passant par un grand boucan électronique axé autour du rythme. Moyennement efficace, voire douteux : L'utilisation de projections d’humains au lieu de danseurs présents dans la salle. Certes, il s'agit d'une véritable orgie visuelle où les spectateurs en ont plein la gueule avec un jeu de lumières et de lasers qui se lancent dans un grand feu d’artifices, mais l’âme de dökk par fuse*, au Théâtre Maisonneuve lors de son passage au Mutek, est définitivement manquante. Ce dernier était d'autant plus efficace grâce au facteur humain, sans le ton légèrement moralisateur à saveur sensationnaliste et sans l’aspect spirituellement endoctrinant avec ces nombreux symbolismes. Guy Laliberté serait-il Franc-Maçon ou Illuminati ?


S’il y a une bonne chose du public du Mutek, c'est qu'il sait apprécier et être respectueux, en contraste ici avec avec ce spectacle davantage axé sur le grand public et de ce léger désagrément qui vient inévitablement de pair. On ressort également un peu de notre bulle à cause des montants de la structure qui enlèvent un peu d’efficacité aux projections. Malgré tout l’arsenal technologique dernier cri, l’intention est indéniablement noble, mais le message a peine à passer avec une approche qui désintellectualise le propos initial. Pourquoi ? Faute à un scénario qui fait un peu trop Walt Disney et qui laisse trop peu de place à la libre interprétation en imposant sa vision sur l'existence.



Honnêtement, il serait faux d'affirmer que les gens en sont ressortis ébahis ou transformés, tel qu'annoncé en grande pompe au début du spectacle. Quelques frissons reliés à la musique ici et là sont ressentis, particulièrement vers la finale, avec un sentiment de plénitude qui est davantage l’effet de Patrick Watson entendu à la toute fin de la représentation que le spectacle en soit. C'est une représentation relativement courte (environs 45 minutes) pour le coût d'entrée, surtout lorsque l'on a vécu des expériences bien plus efficaces à la Satosphère pour une fraction du prix, le tout, souvent servi avec beaucoup plus d'audace et d'originalité !