samedi 1 décembre 2018

Planetoid et son voyage interstellaire


La française fabrique une électropop multidimensionnelle


Grandir à Beyrouth a de grands avantages lorsque l'on veut laisser sa marque au niveau créatif. Visiblement, l'artiste a su s'imprégner de sonorités entendues au cour de sa jeunesse et de les traduire dans sa propre musique en incorporant des influences subtilement orientales à ses structures pop-exploratoires aux touches psychédéliques.

À l'écoute des pièces de l'excellent EP Multiverse, Ellen Allien, Dntel, Lali Puna, CocoRosie et Au Revoir Simone viennent à l'esprit pour les structures accrocheuses légèrement atypiques, effervescentes au niveau sonore et bouillonnantes de créativité. Sans ressortir l'auditeur trop loin de sa zone de confort, les compositions hautement texturées utilisent une variété impressionnante de sons et d'effets. Le traitement sonore fort recherché et original circule habilement dans le conduit auditif jusqu'au cortex des mélomanes. Nul besoin d'être un fin connaisseur pour apprécier les mélodies et l'approche vocale de l'artiste maintenant basée à Pau, au sud-ouest de la France.


Un album à mi-chemin entre l'indie et l'électronica, avec autant d'éléments ambiant et d'instrumentation que l'on entend plus communément dans la musique nouvel-âge, qui créent une impression de spiritualité sous-jacente qui découle probablement du chant pratiquement solennelle, voire par instants arabisant. Pendant que d'autres moments, davantage axés sur le plancher de danse, rappellent l'approche cérébrale de Jérôme Minière avec son côté narratif et par le traitement vocal utilisé qui, quant à lui, a un certain point en commun avec l'approche vocale d'Elsiane.

On y entend de nombreuses influences de musiques du monde, où l'occident vient à la rencontre du moyen-orient. La programmation, telle une courte-pointe musicale, ramène également la technique de micro-échantillonnage utilisée par Akufen en tête. Planetoid a fabriqué un univers singulier qui lui est propre avec Multiverse. Surveillez cette prometteuse artiste de près, puisqu'en cette ère du pratiquement tout vu et entendu; il s'agit d'un véritable tour de force d'en arriver à un enregistrement que l'on dirait sorti hors de l'espace et du temps !

jeudi 13 septembre 2018

Jusqu'à la lune et bien plus


Le duo québécois Cornicula fait paraître un second album hautement inspiré



Formé en 2015, le binôme composé de Valérie Murray au chant et du multi-instrumentiste Jean-François Noël à la guitare et aux arrangements, pousse sa sonorité encore plus loin. À mi-chemin entre le folk-exploratoire acoustique et le rock-alternatif aux penchants psychédéliques, sur To the Moon, la formule est plus raffinée et efficace que jamais !


Inspirée par Tori Amos et PJ Harvey, Valérie puise des émotions viscérales, quoi que parfois un peu brutes sur certains passages, afin d'en arriver à une interprétation haute en couleur et très théâtrale tandis que J-F fignole des progressions d'accords recherchés avec un picking complexe. Son jeu à la guitare acoustique est similaire à Days Of The New, une formation un peu obscure issue de la vague post-grunge des années '90, ou à Érik Mongrain, davantage pour le résultat que pour la technique de tapping qu'utilise le guitariste jazzLes influences de musique de monde sont palpables, particulièrement sur la pièce Sandana II tandis que la pièce titre de l'album rappelle un peu les belles années du groupe Pink Floyd et plus particulièrement la pièce Again de la formation Archive, ou bien No Rain de Blind Melon, celle-ci, davantage pour sa charge émotionnelle que pour sa sonorité. Valérie, en plus de perfectionner sa technique vocale depuis 2010, est une artiste visuelle depuis 25 ans, mais la pochette est une conception du talentueux et réputé David Paul Seymour.


To the Moon est un enregistrement stimulant qui envoûte dès ses premières notes jusqu'à la toute fin, où la pièce instrumentale Astropithecus emporte les auditeurs au plus profond de ses songes avec son travail d'orfèvre au niveau de l'échantillonnage. Les influences art-rock assumées, où l'alternatif des années '90 rencontre des éléments de progressif des années '70-'80, combinées à une touche psychédélique que l'on dirait tout droit sortie des années '60, résultent en une écoute plutôt convaincante. Un univers tantôt tourmenté, tantôt fleur bleue, voire hédoniste, où Jean-François et Valérie dansent l'un autour de l'autre sur de riches et diversifiées structures musicales. La pièce Esperella, l'unique incursion vocale de J-F, démontre à quel point l'écriture dans la langue de Molière peut être impitoyable. Une seule ombre au tableau, loin de se couvrir de ridicule pour autant, reste qu'il y a un petit quelque chose qui écorche légèrement les tympans à quelques reprises tout au long de l'album, serait-ce la justesse du chant ou le choix des mots ?


Au final, To the Moon est un album riche en émotions, épuré ou même minimaliste au niveau des arrangements sans sacrifier sa musicalité et bien au contraire, appuyé par une qualité de production sans faille. Lorsque l'on considère que Jean-François est derrière la réalisation de l'album du groupe Insurgent Inc., on comprend mieux pourquoi ça sonne si bien ! Cornicula se prépare à effectuer une tournée de lancement un peu partout au Québec, dont le 6 octobre à Montréal au Bistro de Paris, ne manquez pas cette occasion de vibrer au même diapason qu'eux lors de cet événement qui s'annonce mémorable !